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03 Octobre 2017

Tambola na mokili omona makambo

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Johnny Bokelo Isenge l’avait chanté : “Tambola na mokili, omona makambo”. Parmi les problèmes auxquels nous pouvons être confrontés en sortant de nos pays pour découvrir ceux des autres, figure le conflit de nationalité. Quand nous vivons ce problème comme acteurs dans nos propres pays, nous pouvons nous armer de machette et égorger nos prochains, incendier des villages et massacrer leurs habitants. Le tout, avec une facilité étonnante. Tout simplement parce que ces derniers sont perçus comme des “étrangers”. Mais quand nous vivons le même problème en tant qu’observateurs dans un autre pays que le nôtre, nous ne pouvons que nous étonner qu’il transforme l’homme en un loup pour l’homme.

Notre carrière de “Bula Matadi sans frontières” nous a permis à deux reprises de vivre avec suffisamment de recul ou de hauteur un conflit de nationalité, c’est-à-dire le même type de conflit qui a déchiré et continue à déchirer le tissu social congolais depuis l’avènement du pouvoir AFDL-CPP-PPRD. Nous avons servi au Liberia en 2004-2005 et en Centrafrique en 2011-2013. Avant de retourner plus tard dans le premier pays sous une autre casquette, nous étions alors basés à Voinjama, chef-lieu de la province de Lofa frontalière de la Guinée Conakry et de la Sierra Leone, en qualité de conseiller électoral chargé de la formation du personnel électoral et de l’éducation civique et électorale des masses. Deux grandes ethnies se partagent le territoire de Lofa : les Lorma et les Mandingo. Les premiers sont chrétiens et bien scolarisés tandis que les seconds sont musulmans, peu scolarisés mais très entreprenants sur le plan du commerce. En dépit du fait que les Mandingo occupent une partie bien déterminée de la province, ils sont considérés par les Lorma et les autres Libériens comme des “étrangers guinéens” non seulement dans la province de Lofa mais aussi partout ailleurs au Liberia.

Le jeu des politiciens basés à Monrovia aidant pendant l’enregistrement des électeurs en 2004-2005, notre équipe fut accusée d’abord de rejeter l’enregistrement des Mandingo. Une délégation constituée des dirigeants libériens et des “Bula Matadi sans frontières” débarqua un jour à Voinjama, le chef-lieu de la province. Nous les avions conduits sur les pistes difficilement praticables du “Madingo chiefdom”. Le contrôle des registres des bureaux d’enregistrement des électeurs sur toute l’étendue du “pays” Mandingo révéla que seuls trois hommes avaient été confrontés à un rejet dont deux qui ne paraissaient pas majeurs et qui n’avaient aucun moyen de prouver qu’ils l’étaient et un dont l’appartenance à la nation libérienne n’avait pas été confirmée par les témoins qu’il avait lui-même présentés. C’est cela que les politiciens basés à Monrovia entendaient par rejets massifs d’enregistrement des Mandingo dans la province de Lofa.

A la veille des élections, le Magistrat du National Elections Commission (NEC) de la province de Lofa vint nous trouver pour demander notre aide afin de faire face aux dignitaires de son ethnie Lorma. Ceux-ci lui demandaient carrément d’user de son pouvoir pour mettre les bâtons dans les roues du seul candidat Mandingo à la présidence de la république, un certain Alhaji Kromah. Ils lui demandaient également de s’assurer que le Senior Senator et le Junior Senator de la province soient issus de leur ethnie. Nous avions aidé le Magistrat du NEC en organisant une séance d’éducation électorale pour les dignitaires de toutes les ethnies de la province (Gbandi, Kissi, Kpelle, Lorma, Mende et Mandingo), séance au cours de laquelle nous avions expliqué la transparence du système électoral mis en place par le Gouvernement de transition libérien, en collaboration avec ses partenaires internationaux. Comme les autres, les dignitaires Lorma avaient compris que même s’il le voulait, le Magistrat ne serait en position de favoriser la moindre tricherie en faveur de qui que ce soit.

Le jour de l’élection, notre quartier général à Monrovia nous faisait part d’un scoop diffusé par la BBC selon lequel des milliers de Mandingo guinéens s’étaient déplacés en masse pour voter au Liberia. Il y avait de l’agitation dans l’air au sein de la classe politique libérienne alors essentiellement basée dans la capitale. Nous savions que l’information ne pouvait pas être fondée. Mais pour faire plaisir à notre hiérarchie, nous avions sauté à bord d’une jeep pour nous rendre à une vingtaine de kilomètres de Voinjama. Le monitoring de la situation des bureaux de vote les plus proches de la frontière, ceux de Konandu, ne révéla rien d’anormal à part la grande surprise du personnel électoral face à la grossièreté d’un tel “scoop”.

Nous sommes repartis au Liberia pour y travailler de 2006 à 2011, toujours comme “Bula Matadi sans frontières”, mais cette fois chargé des affaires civiles, notamment de la restauration et de l’extension de l’autorité l’Etat, de la réconciliation au niveau de la base et de la reprise économique. Pendant une année, nous étions basés à Kakata, le chef-lieu de la province de Margibi, frontalière de la capitale Monrovia. Parmi les problèmes pour lesquels nous devrions apporter notre concours aux autorités locales dont le gouverneur de province et son adjoint, les commissaires de districts et les acteurs de la société civile, il y avait l’occupation illégale des maisons abandonnées par les commerçants Mandingo que la guerre civile avait jetés, comme plus de la moitié de la population nationale, sur les routes de l’exil interne ou externe. Les occupants refusaient tout simplement de déguerpir, arguant que les Mandingo étaient des “étrangers”.

Même en admettant que les Madingo avaient tous immigrés de la Guinée Conakry, ce qui n’était pas vrai, les traiter d’étrangers sur cette base posait un problème au Liberia. Dans ce pays, 5% de la population est constituée d’esclaves ou descendants d’esclaves venus des Etats-Unis ou dont les bateaux avaient été saisis en route vers les Etats-Unis après l’abolition de l’esclavage. Ceux-là mêmes qui ont dominé la vie politique, économique et sociale du Liberia de l’indépendance, le 26 juillet 1847, au coup d’Etat de l’autochtone Samuel Kanyon Doe en 1980. Dans ces 5% où figure la première femme africaine élue présidente de la république, Ellen Johnson Sirleaf, la moitié d’esclaves provenaient de la province congolaise du Bas-Congo, aujourd’hui appelée Congo central au nom d’on ne sait quelle centralité. Ces Bakongo ont été influents au point de donner leur nom à toute la communauté d’esclaves et leurs descendants qui sont jusqu’à ce jour appelés “Congo”. Leur empreinte se lit également à travers les noms de certains quartiers de Monrovia, appelés Congo et Matadi. La perception peut donner naissance à des réalités bien curieuses. Ainsi, les Mandingo venus de la Guinée Conakry voisine seraient des “étrangers” tandis que les Congo venus du lointain Congo seraient des Libériens dont la nationalité n’a jamais été remise en cause.

La perception du Madingo comme “étranger guinéen” à déchiré à plusieurs reprise le tissus social de la province de Lofa. Des crimes abominables ont été commis au nom ou contre cette perception. Au cours de la guerre civile des années 2000, Alhaji Kromah, le porte-étendard des Madingo et allié de Charles Taylor, fut accusé de nettoyage ethnique afin de créer une province de Lofa peuplée majoritairement de Mandingo et Musulmans. Quand vers 2012 la stabilisation du pays atteint un niveau qui ne nécessitait plus la paie de la prime de risque aux “Bula Matadi sans frontières”, une exception fut faite pour ceux basés dans la province de Lofa parce que la perception du Madingo comme “étranger guinéen” pouvait à tout moment mettre la province à feu et à sang. Cela s’est produit. Et les Mandingo ont exigé que leur chiefdom soit élevé au rang de district.

Quand en 2011 nous débarquons en Centrafrique en qualité de “Bula Matadi sans frontières” chargé de coordonner toutes les activités de notre institution dans la province de la Ouaka, nos premiers rapports incitent notre leadership à nous retenir à Bangui en qualité de conseiller politique. La première grande mission qui nous est confiée est de coordonner l’organisation de la caravane de la paix dans le nord-est du pays, en soutien aux efforts du Médiateur national et du Gouvernement visant à ramener la paix dans cette partie du territoire national après des affrontements sanglants entre deux groupes rebelles. Disposant d’un avion, d’un hélicoptère et d’un conseiller en aviation ainsi que des véhicules pré-positionnés au sol, nous emmenons la caravane dans les trois provinces de Haute Kotto, Bamingui-Bangoran et Vakaga, qui constituent la partie nord-est du pays, en compagnie des autorités nationales dont le Médiateur national, des ministres et parlementaires, et des autorités locales dont les gouverneurs de province, des leaders religieux et/ou communautaires et des activistes des droits de l’homme. Nous ne nous contentons pas d’apporter les messages de paix dans les chefs-lieux des provinces. L’hélicoptère nous permet de visiter bien d’autres grandes agglomérations. Nous nous rendons compte de l’occupation de cette partie du territoire national par des Musulmans issus d’ethnies clairement identifiées comme centrafricaines, les deux principales étant les Goula et les Rounga. Pourtant, en dépit de cette évidence, des Centrafricains chrétiens ou non-musulmans considèrent tous les Musulmans vivant en Centrafrique comme des “étrangers”.

Depuis la saga de la coalition rebelle Seleka, née pour lutter contre la perception ci-dessus et la marginalisation des Musulmans qu’elle a toujours entrainé, et surtout depuis l’éphémère pouvoir Seleka du 23 mars 2013 au 10 janvier 2014, cette perception s’est accentuée et avec elle, les crimes à caractère génocidaire. Nous sommes repartis en Centrafrique d’abord en 2014 comme conseiller politique au niveau d’une province puis en 2015 comme coordonnateur des activités relatives à la restauration et l’extension de l’autorité de l’Etat, le dialogue intercommunautaire, la réconciliation et la cohésion sociale, le tout au niveau de cinq des seize provinces du pays. Nous n’avions pas vécu un seul jour sans que des Chrétiens ou des Musulmans ne soient massacrés pour ce qu’ils étaient. Des villages entiers étaient brûlés et leurs habitants, y compris des nourrissons, brûlés ou égorgés. On pouvait tuer juste pour frapper les esprits. Par exemple en découpant à la machette et en mille morceaux les corps des victimes. En arrondissant la tête d’une victime pour qu’elle ressemble à un ballon de football et qu’elle serve effectivement de ballon pour une partie de football, avec des joueurs riant aux éclats et se prenant en photo face à une telle horreur.

Le conflit de nationalité en Afrique renvoie avant tout à la perception qu’à la réalité. Société savante pour les statistiques et association professionnelle pour les statisticiens au Royaume Uni, la Royal Statistical Society a une fois exploré, à travers un sondage, la différence entre la réalité et la perception ou l’opinion publique sur plusieurs problèmes sociaux clés. Le résultat fut choquant tant il y avait un fossé béant entre les deux. Bien que l’être humain s’accroche plus à la perception qu’à la réalité, tout homme responsable doit se méfier de la perception. Car, propager les perceptions renforce nos préjugés et cela explique bien de politiques populistes et une culture politique qui repose finalement sur des mensonges.

Le conflit de nationalité en Afrique renvoie ensuite à la faillite des Etats. Rares sont les Etats africains disposant d’un fichier d’Etat digne de ce nom et de moyens de contrôle effectifs des mouvements des populations voire même de la nationalité elle-même. Ces lacunes ne peuvent que nourrir la perception de l’autre comme “étranger”. Et seul un Etat responsable, c’est-à-dire doté d’institutions fortes, peut déjouer les pièges d’une telle perception tout en minimisant l’ampleur de celle-ci.

Il est piquant de constater qu’au Liberia et en Centrafrique, et pourquoi pas au Congo-Kinshasa, le conflit de nationalité est à l’origine de grands massacres alors même que ces Etats ont chacun une faible densité de population. Sur sa liste de 195 pays par densité de population, le millésime 2005 de CIA World Factbook classe le Liberia à la 142ème place, avec 31 hab/km2, et la République Centrafricaine à la 183ème place avec 6,1 hab/km2. Secoué également par un conflit de nationalité sur lequel des agresseurs visibles (Rwanda et Ouganda) et invisibles (les Etats-Unis et leur caniche la Grande Bretagne) ont aisément greffé leurs propres agendas, le Congo-Kinshasa, lui, est 150ème avec 27 hab/km2.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2017

 

9 Réactions

Elili [dibangu@hotmail.com] 04/10/2017 05:28:39
Cher MBTT,

"Tambola mpe na makambo omona mikili". Si vous avez bien observé notre pays, nous avons une grande superficie, et beaucoup de pays voisins. Je ne veux pas les citer ici, mais vous verrez bien que nous avons eu avec nos voisins pendant un temps des problèmes de voisinage, mais l?Est a un problème bien spécial. D?ailleurs, le renversement du Maréchal, que la maladie avait déjà commencé à ronger de l?intérieur est venu de l?Est, mais avec un programme que (je pense), même l?homme de paille qu?était le Mzee, ne pouvait connaître. Nos compatriotes de l?Est, tout comme les Rwandais, les Burundais ont une mentalité qui est difficile à décoder. J?ai voyagé sous une casquette internationale que je ne veux pas révéler ici, dans la région de grands lacs, l?Ouganda, le Rwanda et à la porte du Burundi. Je dois vous affirmer qu?il est difficile de bien connaître nos compatriotes de l?Est, tout comme les Rwandais et les Burundais. Je ne dirais pas autant des Ougandais parce que ce pays a une grande colonie de rwandophone qui va de Mbarara en Ouganda à Rutshuru. On pourrait penser ici à une question Kurde à peu de chose près. Cette comparaison a des limites, mais j?avais constaté un fait. J?ai eu l?avantage de voyager de Entebe à Goma par route. De Mbarara à Goma, j?ai eu l?impression que la langue la plus parlée était le Kinyarwanda. Mon étonnement a eu pour avantage d?avoir plusieurs leçons d?histoire et de géographie de cette raison. Ce voyage, je l?ai effectué avant l?entrée de l?AFDL. Mais arrivé à Goma, j?ai rencontré une personne qui est maintenant en Italie, qui m?avait révélé ce qui allait se passer plusieurs mois après, l?avènement de l?AFDL. Nous devons reconnaître que durant la deuxième république, il y a eu deux fois la guerre du Shaba pour renverser le Maréchal, mais cette tentative avait échoué parce que le peuple croyait encore que le Maréchal roulait pour le pays et les Français et Marocains avaient bien pris part au Combat pour sauver le peuple Zaïrois, même si en fait c?était le régime qu?ils sauvaient. La question de la nationalité est délicate en ce qui concerne l?Est. Dans la mesure où, une catégorie de la population de l?Est souffre d?un complexe collectif d?être la catégorie la plus belle et la plus intelligente, et d?être investie d?une mission de dominer une autre catégorie qui est la plus laide, la moins intelligente et la plus lente à agir, on ne pourra pas résoudre le problème de l?Est sans passer par des moyens de pression. Mais pour cela il faudra un régime au Congo qui soit dans les mains d?autres personnes que ceux qui gouvernent actuellement. Que Dieu nous vienne en aide.



Fabrice kamuena [Fabricekamuena@hotmail.com] 04/10/2017 09:33:33
Etes vous sûr dans votre conclusion que les massacres perpetrés à l?Est du Pays soient liés au conflit de la nationalité? Et quand bien même nous aurions la plus faible densité de la population,nous aurions vocation à ouvrir nos frontières à tous vents



mamale [mamale@live.fr] 04/10/2017 11:34:03
L?avènement de la démocratie au Congo, ce qui sous-entend toutes les libertés y compris celle d?expression étant l?un des piliers fondamentaux de de CIC, nos interventions dans ce journal poursuivent pour but d?offrir notre apport à ce projet. Nous sommes de ceux qui, pendant que nous mangeons et buvons, pensons chaque jour aux millions de compatriotes congolais qui ne peuvent pas manger trois fois par jour, qui ne savent rien du lendemain, qui ne peuvent offrir une éducation digne à leur progéniture.

Ceci dit, indépendament de que le compatriote Mayoyo nous califie "d?un non autrement nommé mamale", par nos argument et notre rhétorique, rien ne nous arrêtera dans la défense de l?intérêt général des congolais. En aucun moment, ne permettrons que par un sophisme recherché, on endosse à tous les congolais une responsabilité d?Etat sur nos agresseurs étrangers. A propos de ces agresseurs, force nous est de constater que malgré des interventions ô combien riches des compatriotes dont Nono, Elili, Chriso, Armand, Jo Bongos, Nkomi Mbuta(Kinkala Ki Mbuta) et autres Mboka ekufi, Muana y mokolo lopango, notre compatriote Mayoyo persiste dans la confusion.

Mettons-nous d?accord. Nos agresseurs extérieurs de l?AFDL se trouvent encore aux rênnes de notre pays qu?ils s?évertuent chaque jour à gérer en colonie de fait. A cet effet, la phrase "Notre carrière de “Bula Matadi sans frontières” nous a permis à deux reprises de vivre avec suffisamment de recul ou de hauteur un conflit de nationalité, c’est-à-dire le même type de conflit qui a déchiré et continue à déchirer le tissu social congolais depuis l’avènement du pouvoir AFDL-CPP-PPRD." est prétentieuse. Devons-nous congolais nous résigner dans la couardise pour accepter éternellement une soumission par les tutsis du Rwanda? Si lui-même Monsieur Mayoyo a qualifié avec raison ses amis au néologisme "tutsis congolais" de mercenaires, comprend t-il le compatriote Mayoyo la signification du terme mercenaire?

Par ailleurs, que les pays africains que le compatriote Mayoy affirme que "Rares sont les Etats africains disposant d’un fichier d’Etat digne de ce nom et de moyens de contrôle effectifs des mouvements des populations voire même de la nationalité elle-même", quelle est donc sa labeur en tant que conseiller politique dans ces pays qui continuent sans fichier de population? De cette phrase "aujourd’hui appelée Congo central au nom d’on ne sait quelle centralité", nous conseillons notre compatriote de ne pas chercher à s?attirer des ennemis de cette province par des affirmations si dénigrantes.



Muana ya mokolo lopango [Muana@yahoo.fr] 04/10/2017 12:41:19
@MBTT

Votre problème est de vouloir avoir raison à tout prix. La banalisation du drame de la Rdc par ses propres enfants a permis à ce drame de perdurer voire de prospérer.

Il est navrant de vous voir tirer une conclusion hâtive partant de vos quelques observations à l?étranger sans prendre le temps de faire une analyse approfondie des spécificités du drame de la rdc ou lire ceux qui l?ont fait ( Mbeko et Onana par exemple) ou ceux qui l?ont dénoncé du côté Rwandais (karegeya par exemple).

Votre classement du génocide congolais en simple conflit de nationalité contribue à sa banalisation.

On n?a pas tué plus de 8 millions de congolais, violé plus de 3 millions de nos femmes et fait déplacer plus de 3 millions de nos compatriotes pour un simple conflit de nationalité, soyons sérieux !

Le plus étonnant est que vous dites la même chose que Museveni dans sa missive adressée au secrétaire général de NU en faveur des fameux rwandophones. Il disait que c?était un petit problème de nationalité et que si on leur accordait l?autonomie dans leur espace le tour est joué (traduisez autonomie du nord Kivu puis l?annexion au Rwanda = balkanisation de la rdc).

Or, le génocide congolais est le résultat du projet criminel de Kagame qui cherche à récupérer le nord Kivu. La présence des Tutsi lui sert uniquement de prétexte.

Mais Ă  supposer que vous ayez raison, questions:

**Combien sont ils (Ils étaient 110 mille en 1984) pour que leur petit problème de nationalité conduise au génocide d?un nombre aussi important sur une période aussi longue.

**Comment se traduit se problème dans la vie de tout le jour pour que leur préjudice justifie le recours aux armes ( ils ne vont pas à l?école, au marché...)

**Depuis 2001 la rdc est dirigée de Kigali, tous les leviers du pouvoir sont entre les mains des fameux Tutsi congolais en majorité des Bosco Ntaganda sous les ordres directs de Kagame, pourquoi les massacres continuent ?

Sur ce conflit vous avez eu plusieurs séquences troublantes en affirmant que:

Le surnommé Kabila n?est pas un Rwandais (kabarebe vous a démenti)

Le Congo n?est pas occupé selon la définition de 1948 (les faits vous contredisent)

Le Tutsi congolais existe (alors que le Hutu congolais n?existe pas, il n?est pas encore inventé)

Le génocide congolais est un simple problème de nationalité lié à la défaillance de l?état congolais (Exit le projet criminel de Kagame et son mode opératoire... )

C?est étonnant, troublant... la commission vérité justice et réconciliation nous donnera les réponses.



chryso [chryso45@hotmail.com] 04/10/2017 13:15:07
Ndeko Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo,

A propos du “conflit de nationalite”, le passage qui suit, dans votre introduction retient toute mon attention. Vous mentionnez “Quand nous vivons ce probleme comme acteurs dans nos propres pays, nous pouvons nous armer de machette et égorger nos prochains, incendier des villages et massacrer leurs habitants. Le tout, avec une facilité étonnante. Tout simplement parce que ces derniers sont perçus comme des “étrangers”. Vraiment? Biso ba Congolais pe, ya solo?

Veuillez me corriger si je me trompe. Et je vais essayer de “rephraser” ce passage autrement pour mieux comprendre et ainsi lire “Quand nous [ Congolais d’orignie], vivons le conflit de nationalite dans notre pays [le Congo-Kinshasa], nous [Congolais d’origine] pouvons nous [Congolais d’origine] armer de machette et egorger nos prochains [indefinis (a ce niveau car il s’agit d’un mot “generique”)], incendier des villages et massacre leurs habitants. Le tout, avec une facilite etonnante. Tout simplement parce que ces derniers [habitants (toujours indefinis)] sont percus comme des “etrangers” [Tutsis et Hutus (definis)]. Et je note, en passant, que la facon dont vous avez formule votre argumentation, le conflit sur une base strictement “tribale” est d’office exclue – rien que dans ce contexte - car vous faites allusion a des “etrangers”!
Alors, si vous etes d’accord avec ma “traduction”, laissez moi vous posez la question suivante: avez vous deja entendu parler de plus de 8 millions de morts au Congo-Kinshasa depuis l’entrée de l’AFDL en octobre 1996 sur le sol zairois? Et qui sont les bourreaux ainsi que leurs victimes? Des Zairois/Congolais ou des Etrangers? S’il s’agit des etrangers, d’ou viennent-ils?

Autres questions: Toujours dans la logique des “etrangers”, qui a agresse ou agresse le Congo-Kinshasa? Ou s’agit-il, plutot, d’une rebellion comme l’on pretendu d’autres? Qui fait usage non seulement des armes a feu mais aussi de machettes pour egorger la population, particulierement a l’Est du Congo-Kinshasa? On retrouve d’ailleurs ailleurs, comme dernierement au Kasai, la meme “signature” des criminels sur toutes les victimes, a en croire le Ministre des Affaires Etrangeres angolais! Qui incendie les villages et massacre leurs habitants? Qui tue, viole, ou detruit la reproduction chez la femme? Et pour quelles raisons? Sans oublier celui qui dirige le Congo-Kinshasa depuis 2001, qui est-il? Quelle est sa nationalite?

Enfin, lorsque vous notez a la fin de ce passage “Tout simplement parce que ces derniers sont percus comme des etrangers”, qui pointez vous du doigt concretement? Et quelle est la motivation de celui ou ceux que vous accusez pretendument?
Je termine par ce proverbe camerounais: “Celui qui pose une question ne peut pas eviter une reponse”. Et je suis un autodidacte qui pose toutes ces questions!

Salut!



DĂ©o Cuma [deocuma@yahoo.com] 04/10/2017 13:59:12
La question de nationalité est complexe; il faut ajouter, pour ce qui est de l?Est du Congo, les pésanteurs émotionnelles, les frustrations de tout un peuple qui a connu, selon le rapport de l?ONU dit «Congo Mapping», ce qui pourrait être qualifié de génocide si jamais il y avait procès. Je tiens à relever que je ne suis pas spécialiste dans ce domaine.

1) Présence des Hutu sur l?espace RD Congolais actuel avant l?arrivée des belges:
- Ordonnance d?administration générale du 29 septembre 1933, No 913 A.I.M.O. fixant le nombre, les dénominations, les chefs-lieux et les limites es territoires du Kivu. Au début de la colonisation, les territoires portaient les noms des tribus de l?entité administrative. Article 1er, alinéa 2, Territoire des Bahutu, chef-lieu Rutshuru.

Et la littérature est plus qu?abondante. Voici quelques documents pour ceux qui s?intéressent à la question.

-VANDEWOUDE, E.J., Documents relatifs à l’ancien district du Kivu, 1900-1922, Léopoldville, Section Documentation


-MAURY, L., «La description de la frontière orientale du Congo Belge», Le Mouvement géographique, n°16 du 21 avril 1912, p.255.


-CHAUDOIR, P., Dans la brousse du Kiwu (lire Kivu), Bruxelles, J. Lebègue &Cie, Libraires-Editeurs, 1919



-PHILIPPE, R., «Comment fut fondé le poste de Rutshuru», Revue congolaise illustrée, vol. XX, n°10, 1948, pp. 46-47.



-Enquête sur les coutumes indigènes en exécution du décret du 3 juin 1906 relatif aux chefferies indigènes. Rusthuru, le 17 juin 1907



-COOTE, J.M., «The Kivu Mission, 1909-1910» (The Uganda Journal, 1956, vol. XX, n°2, pp.105-112



-«Aux frontières du Congo. L’exploration du Dr Kandt II», Le Mouvement géographique, n°41, 14 octobre 1900, p. 497



-GROGNAN, E.S., and SHARP, A.H., From the Cape to Cairo, London, Edinburg and New York, Thomas Nelson and Sons, Ltd, 1902.


-«Survey and Exploration in the Ruwenzori and Lake Edward region, Central Africa», Geographical Journal, vol. 34, n°2, 1909



-Les régions voisines de la frontière orientale du Congo Belge du Tanganyka au lac Albert d’après les travaux des massion s cartographiques et géodésiques belges. Bruxelles, Imprimerie F. van Buggebnhoudt, 1012.



-Pères Blancs, Rapport annuels(Diaires) ude la Mission de Tongrès Saint-Marie /Rugari (11911-1914



-P ; Jentegen, Les frontières du Congo Belge, 1952.


2) En plus des preuves documentaires, l?onomastique pourrait être une piste. L?onomastique est une branche de la lexicologie qui a pour objet l?étude des noms propres. Posons cette question aux spécialistes de la linguistique africaine, celle de savoir de quelle langue proviennent de manière systématique les noms de tous et de chacun des volcans congolais du Nord-Kivu, Nyiragongo, Nyamulagira, Karisimbi, Sabyinyo etc. Les noms des lieux seraient, paraît-il, des marqueurs sociologiques indélébiles à l?instar de l?ADN.


3) L?année 1885:
Cette année correspond à un acte d?engagement politique de première importance; toutefois, à cette époque, il n?y avait pas de sattelites, de GPS, des moyens de communication modernes etc... L?exécution physique des différentes décisions a été progressive et réalisée sur terrain à travers les conventions internationales ci-dessous:

8 novembre 1884. — CONVENTION de Bruxelles, reconnaissant en son article 6, les frontières de l’État Indépendant.

5 février 1885. — CONVENTION de Paris fixant les grandes lignes des frontières.

14 février 1885. — CONVENTION de Berlin fixant, dans le Bas-Congo, les frontières de l’État Indépendant avec Cabinda et avec l’Angola.

1er août 1885. — DÉCLARATION de neutralité fixant, sur la base des traités successivement conclus par l’Association Internationale avec l’Allemagne, la France et le Portugal, les limites de l’État Indépendant du Congo.

22 novembre 1885. — PROTOCOLE de Manyanga fixant la frontière dans la région de Manyanga.

29 avril 1887. — PROTOCOLE de Bruxelles fixant la frontière du côté de l’Ubangi.

25 mai 1891. — CONVENTION de Lisbonne, au sujet des frontières dans la région du Bas-Congo et du régime du fleuve Congo.

25 mai 1891. — CONVENTION de Lisbonne relative à la frontière avec l’Angola, dans la région du Kwango, en Kasaï et de la ligne de crête Congo-Zambèze.

24 mars 1894. — DÉCLARATION de Bruxelles. – Approbation des limites fixées dans le Kwango, le Kasaï et la ligne de crête du Zambèze par la commission mixte instituée par la convention de Lisbonne du 25 mai 1891.

24 mars 1894. — DÉCLARATION de Bruxelles. – Approbation des limites fixées dans le Bas-Congo par la commission mixte instituée par la convention du 25 mai 1891.

12 mai 1894. — ARRANGEMENT de Bruxelles – Limites entre le territoire du Congo et les possessions anglaises.

22 juin 1894. — DÉCLARATION relative au retrait de l’article 3 de l’arrangement du 12 mai 1894 concernant les zones d’influence britannique à l’ouest des lacs.

14 août 1894. — ARRANGEMENT de Paris fixant la frontière nord de l’Ubangi à la crête Congo-Nil.

18 décembre 1894. — DÉCLARATION relative à l’application du régime de neutralité, fixant sur base de nouveaux traités, les frontières de l’État Indépendant.

5 février 1895. — ÉCHANGE DE DÉCLARATION au sujet de la frontière dans la région du Stanley-Pool.

23 décembre 1908. — DÉCLARATION de Bruxelles approuvée par la loi du 13jui n 1911, fixant la frontière dans la région du Shiloango.

14 mai 1910. — PROTOCOLE de Bruxelles signé par les gouvernements belge, allemand et britannique au sujet des frontières du lac Tanganika au lac Kivu, à travers le lac Kivu et au nord du Kivu.

14 mai 1910. — PROTOCOLE de Bruxelles relatif à la frontière du 30° méridien entre le pic Sabinio jusqu’à la région de Mahagi.

3 février 1915. — ARRANGEMENT de Londres approuvé par l’A. L. du 15 novembre 1918 concernant la frontière entre le mont Sabinio (N.-E. du lac Kivu), le lac Édouard, le lac Albert et la crête de partage Congo-Nil. (B.O., 1919, p. 65)

5 août 1924. — PROTOCOLE de Kigoma approuvé par lettre du 17 mai 1926, relatif aux frontières entre les territoires sous mandat belge et sous mandat britannique.

22 juillet 1927. — CONVENTION de Saint Paul de Loanda approuvée par la loi du 12 janvier 1928 concernant un échange de territoire.

1er octobre 1929 et 24 février 1930. — PROTOCOLES approuvés par l’échange de notes du 7 avril 1933, relatifs à la fixation de la frontière entre la Rhodésie du Nord et le Congo belge.

DĂ©o Cuma




Nono [no2.bay@orange.fr] 05/10/2017 14:19:09
Cher Mayoyo,

1° "Le conflit de nationalité en Afrique renvoie avant tout à la perception qu’à la réalité", dites-vous...
Une "nation" ici équivalente à un "Etat", c?est un "territoire", une "direction" politico-administrative commune et une "population" qui assume la volonté de vivre ensemble leur passé, leur présent et leur avenir...
Cette dernière, une "perception", qu?elle repose sur des bases fantasmées ou objectives, est bien réelle et surtout capitale pour la bonne santé de cette nation, pour le vivre ensemble...
(Au passage cela me fait penser à ma profession où l?on peut se retrouver avec un patient qui dit avoir mal et dont l?examen objectif ne retrouve aucune cause de sa "douleur", je soignerai entre-temps sa "souffrance" comme une ?maladie? à part entière ! Passons...)
Par ailleurs cette "perception" reflète les péripéties vécues pour l?érection de cette "nation" comme elle explique les tentatives de s?en séparer, de la ?Catalogne? actuelle à ailleurs dans le monde...

2° "Le conflit de nationalité en Afrique renvoie ensuite à la faillite des Etats." Tout à fait vrai dans nos "bidonvilles africaines" où la gestion politico-administrative en général et celle de ce secteur est défaillante... N?empêche que tous ses conflits de nationalité nécessitent aussi un règlement éclairé, consensuel et efficace de la part des ?gouvernants? et non des "oukases d?en haut au nom d?un objectif absolu d?unité" pour que les ?gouvernés? s?engagent à vivre ensemble avec leurs voisins des autres tribus, soient écoutés dans leurs éventuelles revendications...

3° Ainsi les accès de "nationalisme" intra-étatique en Afrique naissent aussi souvent d?un "prétexte", effectif ou ressenti comme tel , un sentiment d?agression, d?invasion, d?injustice ou autre...
Le Congo n?existe qu?il y?a à peine plus d?un siècle (122 ans) et a été bâti sur une cohabitation ?imposée? dans un seul ensemble entre "tribus" qui parfois se combattaient ou s?ignoraient auparavant. Il en naîtra néanmoins un "sentiment national" qui fait qu?il subsiste encore dans sa quasi-intégrité territoriale de 1885...
Celui-ci est quelque peu bousculé aujourd?hui non pas tant de dedans que de dehors par des "invasions étrangères" de fait...
Ce n?est pas en les ignorant qu?on peut mieux les gérer mais en remettant tout sur table sans fausses culpabilités ni haines inappropriées, le Congo a l?espace pour accueillir de nouveaux citoyens mais dans la vérité et justice !



chryso [chryso45@hotmail.com] 06/10/2017 17:01:32
Deo Cuma

Si vous aviez reellement lu toute la bibliographie que vous nous suggerez, faites nous en une analyse en bonne et due forme!



chryso [chryso45@hotmail.com] 11/10/2017 04:09:09
Ndeko Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
Et les victimes des affrontements du 7 octobre dernier dans le Territoire de Beni, dont la liste a ete publiee sur Congo Independent avant hier, ont ete, elles aussi , “percues comme des etrangeres”? Leurs bourreaux sont-ils Congolais de souche?


 

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