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29 Juin 2017

Inutile et nuisible discours nationaliste

 

Wina Lokondo

Le 30 juin 1960, le Premier ministre Patrice Lumumba avait tenu, en ce jour solennel de notre indépendance et avec une démangeante détermination, à dire tout le mal qu’il pensa de la colonisation, du traitement inhumain et discriminatoire dont avait été l’objet le peuple congolais de la part du colonisateur belge. Je fais partie des Congolais qui estiment – sans nier la réalité de la brutalité du fait colonial – que ce discours réquisitoire fut, du point de vue diplomatique, inopportun : le jour et le lieu n’étaient pas indiqués pour son contenu. S’y était ajouté la faute protocolaire de la part du Premier ministre qui prononça son allocution surprise sans commencer par saluer le roi des Belges Baudouin 1er ni le président de la République Joseph Kasa-Vubu. Ce qui donna de lui la négative image d’un « goujat », d’un homme imprévisible, d’un téméraire inhabile qui ne mesura pas la portée de son attitude et de ses propos.

Le 30 juin 1960 aurait dû rester un jour de séparation « amicale » d’avec les Belges (comme se sont quittés courtoisement plusieurs autres peuples africains et leurs anciens colonisateurs - qui les avaient tout autant maltraités et qui ne leur donnaient pas non plus du « vous » quotidien « honorable ») parce que ces derniers, bien qu’ayant soumis les Congolais à une implacable domination, ont – on semble souvent l’oublier - fondé l’Etat congolais, doté le pays de nombreuses et importantes infrastructures de base, et apporté beaucoup d’autres bienfaits à ses populations. On ne doit pas falsifier l’Histoire. Et celle du Congo ne doit pas être politiquement orientée, sélectivement écrite, à sens unique.

Le discours (nationaliste) de Patrice Lumumba - s’il a servi de catharsis, de défouloir psychologique à un nombre d’anciens colonisés congolais longtemps déshumanisés et à qui il a plu - ne lui aura pas personnellement servi, au pays non plus : il contribua à sa neutralisation politique et à son déplorable assassinat ; il engendra également une cassure dans le pays entre ses partisans dits les « nationalistes » et les « autres ». Il en résulta des guerres civiles et leurs corollaires de destructions d’infrastructures économiques et des milliers de morts. Le discours nationaliste divisa ainsi le pays dès son accession à la souveraineté internationale et retarda son développement.

A l’exemple des autres leaders africains, Patrice Lumumba ouvrit ainsi, au Congo, le bal du discours nationaliste. Auquel recourent systématiquement, depuis 57 ans, les dirigeants congolais chaque fois que leur gestion économique et politique du pays a inquiété les partenaires étrangers, notamment lorsqu’ils font subir – à leur tour - des traitements inhumains, discriminatoires et dégradants à leurs propres compatriotes. Les déclamations nationalistes - au-delà de beaux arguments de droit international, ceux de la…souveraineté des Etats - consistent en réalité, de la part de potentats africains, à dire aux « enquiquineurs » occidentaux : « Laissez-nous, au nom de nos chères souverainetés, mal gérer librement nos pays, piller nos ressources et violenter nos concitoyens ».

La rhétorique souverainiste, anti-Occident, qui est actuellement tenue par les dirigeants congolais reste heureusement sans écho auprès de la population congolaise. Cette dernière a difficile à les croire car leurs agissements contredisent continuellement leurs prétendues convictions nationalistes : leurs actes – gestion économique calamiteuse et prédatrice, violation permanente des lois et des droits de l’homme – résonnent négativement plus fort que leurs discours. Les autorités congolaises peuvent-elles vraiment parler de nationalisme quand presque toutes envoient femmes et enfants vivre à l’étranger – avec les transferts d’argent qui en découlent, contribuant ainsi à l’essor des économies de pays de leur destination -, vont systématiquement s’y faire soigner, y possèdent des maisons et des comptes bancaires mieux garnis en devises fortes que ceux qu’ils ont ouverts dans les banques congolaises, et quand ils mangent, boivent et s’habillent, sous les tropiques, à la mode…occidentale ?

Depuis l’indépendance, le discours nationaliste a causé plus de tort au Congo qu’il ne lui a procuré du bonheur. On s’en est servi, sans bénéfice pour le pays. Au nom du nationalisme, le maréchal Mobutu avait « nationalisé » l’Union minière du Haut Katanga, qui était devenue la Gécamines. Il poussa la même logique nationaliste à son plus haut degré en…nationalisant (zaïrianisant) toutes les entreprises appartenant aux étrangers. Ces derniers quittèrent brusquement et en masse le Zaïre. L’économie du pays en a pâti. Tout le monde sait ce que sont devenues aujourd’hui les sociétés « zaïrianisées » : des ruines d’une longue et mauvaise gestion économique du pays.

Le 30 juin 1960, Patrice Lumumba avait dit ses quatre vérités au roi Baudouin et à ses sujets à Kinshasa. En 1988, certains d’entre nous s’en souviennent, le président Mobutu – critiqué pour sa gestion et le nom respect des droits de l’homme par quelques politiques et médias belges – estima devoir envoyer à Bruxelles - pour un « débat (radio-télévisé) de clarification » - trois de ses principaux « mousquetaires » (Nimy Mayidika Ngimbi, Kamanda wa Kamanda, Mpinga Kasenda), brillants intellectuels et bons débateurs, qui reçurent mission de s’adresser directement au peuple belge. Leurs propos ne furent pas tendres à l’endroit des gouvernants belges et eurent la même hargne et la même tonalité nationaliste que furent celles de Patrice Lumumba, 28 ans auparavant. Les dirigeants zaïrois ne prouvèrent pas pour autant aux Belges, au-delà du discours, du show médiatique, leur grand amour pour leur pays. La gouvernance du pays ne s’améliora pas, fut loin d’être meilleure jusqu’à la fin du régime du maréchal.

Laurent-Désiré Kabila, après avoir, comme le Lieutenant-Général Joseph-Désiré Mobutu en 1965, bénéficié du soutien des « Occidentaux » pour accéder au pouvoir, lesquels avaient, par la suite, désapprouvé sa gestion marxiste et totalitaire du pays, se lancera, par le même atavisme lumumbiste, dans un discours nationaliste anti-Occident. On se rappelle de l’ancien rebelle de Hewa Bora se vantant, au cours d’une conférence de presse et avec un ton méprisant, d’avoir brusquement et sciemment interrompu sa communication téléphonique avec l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, refusant ainsi de continuer à l’écouter. Quel fut le gain pour lui et pour le Congo de cette inconvenante attitude ? Hier comme aujourd’hui, pour les dirigeants congolais, l’aide financière, technique ou militaire des Occidentaux est bienvenue, acceptée et non leurs conseils ou remarques.

Le discours nationaliste est par nature clivant (« eux et nous »), celui de l’exclusion, de l’adversité car la frontière entre l’amour (excessif) de son pays et la haine des autres est tenue et souvent facilement franchie. « Le nationalisme, c’est la guerre », a dit François Mitterrand. Le nationalisme est aujourd’hui rejeté par les démocrates du monde entier à cause de ses néfastes effets enregistrés dans l’Histoire, notamment les monstruosités commises par le nationalisme hitlérien. Aujourd’hui, on promeut le patriotisme qui privilégie la « citoyenneté », qui lie les citoyens d’un pays par des droits et des obligations, sans considération de leurs origines, à la place du nationalisme qui fait l’éloge de la « nation », qui les lie par l’histoire, par un passé commun, par la langue, la coutume, la race. Il y a plus ici affirmation de l’identité, laquelle est, par le discours…nationaliste, la matrice idéologique des partis marginaux, racistes, xénophobes. Celui-ci est nuisible et ne sert à rien en cette époque très mondialisée, d’interdépendance économique, d’intense circulation des personnes et des biens. Absolument à rien.

Depuis 1960, les successifs dirigeants congolais, malgré l’indépendance acquise, malgré leurs éternels chants nationalistes et les nombreuses ressources naturelles du pays, ne parviennent toujours pas à donner un mieux-être à leurs concitoyens. Et le pays reste économiquement pauvre. Comment l’explique-t-on ? Y réfléchit-on ?

Le combat de Patrice Lumumba fut celui de la décolonisation. Les réalités de 1960 ne sont pas celles d’aujourd’hui. Le Congo n’est plus sous domination coloniale et ne sera jamais recolonisé ni balkanisé parce que les Congolais ne l’accepteront jamais. Et on aimerait bien savoir qui pourra le décider, où, comment et pourquoi ? Peur injustifiée de la part de certains esprits. Il n’y aura pas de Conférence de Berlin bis.

Puissent enfin les dirigeants congolais arrêter d’instrumentaliser le nom et l’image de Simon Kimbangu et ceux de Lumumba pour couvrir leur mauvaise gestion économique, le pillage du pays et les violences qu’ils font subir à leurs compatriotes. Associer des turpitudes à la mémoire de nos dignes morts, des actes indignes qu’ils n’auraient probablement pas approuvés est indécent, irrespectueux, blasphématoire.

Wina Lokondo, 29.6.2017
© Congoindépendant 2003-2017

 

12 Réactions

Mwenze Kabulo [mwekabulo@yahoo.fr] 30/06/2017 03:45:44
Cher Wina

Brillante réflexion. Je te pris de continuer à publier même si les réactions sont peu nombreuses. Tu contribues à éduquer le Congolais. J?ai toujours défendu le point de vue que Lumumba fut un irresponsable. Sorti de prison pour vol qualifié, il avait le même comportement que le colonisateur voleur. Il n?avait pas mesuré les dommages pour le pays et pour lui même. Le discours nationaliste est toujours creux, plaintif, revanchard, sans perspective, sans élévation, sans démonstration de bonne gouvernance, mais il est plutôt repris comme bouclier contre les évidences de la mauvaise gestion de la rex publica.



Elili [dibangu@hotmail.com] 30/06/2017 05:31:39
Chers Compatriotes,
Pas de discours de 30 Juin, Dieu soit loué, bon débarras. Quel discours ? prononcé par qui ? pour quel bilan ? de quel pouvoir ? Congo libéré ? De la libération de la colonisation belge, à la colonisation tutsi rwandaise ? Dieu soit loué que nous n?ayons pas eu encore des oreilles cassées par des discours prononcés par des assassins du peuple, des cyniques, des sanguinaires. Ils se paient toujours les images des personnes qui ont donné leur vie pour ce pays. Alors qu?eux qui citent ces martyrs ne sont pas venus pour suivre l?exemple de ces héros, mais profiter du travail de ces héros, et d?user du pouvoir des armes pour maintenir dans la terreur les paisibles citoyens et de dilapider les richesses du pays avec leurs "amis". Que Dieu nous vienne en aide pour que tout se termine selon sa volonté: "le bonheur de l?Être Humain".



MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO [mbtt30062017@hotmail.com] 30/06/2017 07:27:15
Excellente analyse, cher Wina Lokondo. Je vais la compléter en expliquant prochainement la notion de « nationalisme » à mes cousins. Pour moi, Lumumba n’est pas un grand homme. Mourir en martyre ne signifie pas être un grand homme. Lumumba, Tshisekedi et Laurent-Désiré Kabila sont des oiseaux de même plumage. Des êtres impulsifs, incapables de mesurer le rapport de force qu’ils entretiennent avec leurs adversaires internes et externes. Des hommes incapables de comprendre que quand on est un leader et qu’on parle au nom de tout un peuple, on doit retourner plusieurs fois sa langue dans sa bouche avant de prononcer un seul mot. Ce trio diabolique est aussi responsable du malheur éternel de notre peuple que le duo non-impulsif constitué par Mobutu et Joseph Kabila. On ne peut qu’avoir du mépris pour tous ces GRANDS IDIOTS.



Muana ya mokolo lopango [Muana@yahoo.fr] 30/06/2017 13:45:51
@Wina,

1. Lumumba pas très habile
Oui, il a manqué de stratégie face à plus fort que lui et n?a pas assuré ses arrières. Mais cela étant dit, il a été exécuté par des congolais peu importe les commanditaires. Ces derniers ont trouvé chez nous des exécutants idiots. Kagame a trouvé les mêmes.

2. L?Å“uvre civilisatrice de la colonisation
Je suis en désaccord total avec vos propos sur la colonisation. Pour vous la colonisation Belge a permis de créer l?état congolais, doter le pays de nombreuses et importantes infrastructures et apporter beaucoup d?autres bienfaits aux populations.

Non Mais je rêve ! Je crois entendre Henry Guaino et ceux qui défendent l?œuvre civilisatrice de la colonisation dont le Front National. Wina, la colonisation est un crime contre l?humanité point barre !

Vous mettrez sur le même plan des crimes abominables et quelques babioles (routes et quelques édifices) qui servaient d?abord les intérêts des colons et que nos ancêtres n?ont pas demandées. Ils vivaient bien sans.

3. LD Kabila versus Madeleine Albright
LDK avait fini par comprendre le double jeux des USA qui étaient derrière les rwando-ougandais. Quand un pyromane vous donne des ordres sur la manière d?éteindre l?incendie... difficile de garder son calme. Le manque de respect n?est pas que du côté Congolais. On ne peut pas éternellement baisser le pantalon.

4. Mobutu et la zaïrianisation
L?idée de nationaliser les secteurs sensibles de l?économie pour rester maître chez soi n?est pas mauvaise. C?est la gestion calamiteuse et non préparée qui est la cause de l?échec. En France pourquoi l?état garde la main sur toutes les entreprises jugées stratégiques (EDF, SNCF, Areva...)

Il y a t il aujourd?hui en RDC un seul Congolais acteur économique majeur ? Toute l?économie ne nous appartient plus. Avec un taux de chômage de plus de 90 %, Demain il faudra encore nationaliser ... pas d?autres choix. Evo Morales l?a fait avec succès.

5. Le patriotisme et le nationalisme
Le patriotisme c?est l?amour des siens et le nationalisme exacerbé c?est la haine des autres. Seulement voilà, Les Congolais sont livrés à eux-mêmes face aux criminels parlant kinyarwanda. Entres les morts, les violées et les déplacés ... le bilan est au-delà du pire que l?on pouvait imaginer.

Comment voulez-vous demain aller prêcher seulement le patriotisme et bannir le nationalisme. Ceux qui sème la mort en RDC récolteront la haine. C?est une évidence d?ordre général !!!

J?adore vous lire mais je n?ai pas bien compris l?idée que vous voulez défendre.



lwilu [leo.luilu@yahoo.fr] 30/06/2017 15:20:00
Article intéressant. On note dans l’avant-dernier paragraphe : « Le Congo n’est plus sous domination coloniale et ne sera jamais recolonisé ni balkanisé parce que les Congolais ne l’accepterons jamais » ! Fameux programme !
Pouvons-nous ignorer que depuis 1990, l’époque des conférences nationales, le Congo-Kinshasa est à la dérive. Aujourd’hui, ce pays s’enfonce dans le sous-développement parce que devenu incapable de produire l’énergie électrique, il est obligé de l’importer pour les usines du Katanga. Désormais l’Angola recueille des réfugiés du Kasai et d’autres pays (comme le Congo-Brazza) chassent et parfois TUENT les Congolais. Cela signifie que le Congo-Kinshasa PERTURBE le fonctionnement de l’Afrique centrale. Combien de temps cela va-t-il durer ?
Les Congolais sont-ils capables de chasser Kabila du pouvoir par les armes ? Lorsque l’ONU décidera finalement la balkanisation du Congo-Kinshasa, ces mêmes Congolais seront-ils capables de prendre les armes pour défendre l’intégrité d’un pays qui les opprime ? Fameux programme !



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 01/07/2017 11:34:23
Cher Wina,

Vous m?étonnez. Si vous trouvez un peu de temps libre ces jours, je vous conjure de relire des livres comme celui de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, et Le crime du Congo belge, un livre trop méconnu de Arthur Conan Doyle, l’écrivain qui a inventé Sherlock Holmes.

Il existe plein d?autres écrits qui dénoncent le type d’Etat que Léopold II, Roi des Belges, avait instauré au Congo. Ces écrits nous renseignent par exemple que la part du budget que l’Etat indépendant du Congo destinait aux dépenses militaires oscillait entre 38% et 49% des dépenses totales. C’est vous dire l’importance de la chicote, l’importance des fusils modernes pour instaurer une dictature utilisant systématiquement l’arme de la brutalité et des assassinats… On peut considérer, sans risque d’erreur et sans fanatisme nationaliste que le Roi des Belges et l’Etat indépendant du Congo, qu’il dirigeait avec l’accord du gouvernement et du parlement belges de l’époque, sont responsables de « crimes contre l’humanité » commis de manière délibérée. Ces crimes ne sont pas des bavures, ils sont le résultat direct du choix d’exploitation auquel le peuple congolais était soumis.

Il y a un devoir de mémoire. Il faudra qu?un jour, des dirigeants congolais, sérieux, versent ces faits dans les débats. C?est peut-être pour ça que la Belgique se saigne, depuis 1960, pour nous dégoter des dirigeants médiocres, ainsi pouvoir les neutraliser, sur cette question.

Rejoignez Sindika Dokolo, en... marche.

??Ya mbala oyo ekoki?? !!!



Armand [Armand1967leliondejuda@gmail.com] 01/07/2017 18:15:53
A Mayoyo Bitumba
Tshisekedi et Lumumba sont de grands hommes en dépit de certains défauts inhérents à tout être humain. Lumumba est le père de notre indépendance politique. Il y a versé son sang. Tshisekedi est le père de la démocratie congolaise. Il a sacrifié toute son énergie jusqu?à la mort. Il est un modèle d?éthique politique à l?occidental. Un blanc de l?Union européenne m?a même confié que Tshisekedit fut la conscience du Congo. Alors, où étiez-vous quand Tshisekedi osait dire non à Mobutu et aux occidentaux? Est-ce cela être à la base de nos malheurs?
Monsieur Bitumba, vous avez l?injure facile. En taxant nos grands hommes de "grands idiots", qu?avez-vous déjà fait pour le Congo? Quelqu?un qui s?autoproclame intellectuel ne devrait pas débiter de telles injures sur la place publique. Je crains que vous soyez plus idiot que ces hommes qui ont marqué l?histoire de notre pays dans le bon comme dans le mauvais sens (malgré eux). Un minima de respect à leur mémoire serait indicateur d?une bonne éducation.



Armand [Armand1967leliondejuda@gmail.com] 01/07/2017 18:16:56
A Mayoyo Bitumba
Tshisekedi et Lumumba sont de grands hommes en dépit de certains défauts inhérents à tout être humain. Lumumba est le père de notre indépendance politique. Il y a versé son sang. Tshisekedi est le père de la démocratie congolaise. Il a sacrifié toute son énergie jusqu?à la mort. Il est un modèle d?éthique politique à l?occidental. Un blanc de l?Union européenne m?a même confié que Tshisekedit fut la conscience du Congo. Alors, où étiez-vous quand Tshisekedi osait dire non à Mobutu et aux occidentaux? Est-ce cela être à la base de nos malheurs?
Monsieur Bitumba, vous avez l?injure facile. En taxant nos grands hommes de "grands idiots", qu?avez-vous déjà fait pour le Congo? Quelqu?un qui s?autoproclame intellectuel ne devrait pas débiter de telles injures sur la place publique. Je crains que vous soyez plus idiot que ces hommes qui ont marqué l?histoire de notre pays dans le bon comme dans le mauvais sens (malgré eux). Un minima de respect à leur mémoire serait indicateur d?une bonne éducation.



jacques SAIDI-KAMULETA [skamuleta@hotmail.com] 02/07/2017 13:20:25
Cher Armand!
Tout a fait avec votre intervention. Une "intelligence" sans modestie, est un torchon. Il y a des gens qui se croient ce qu?i?ils ne sont pas du tout.



Kimpwanza Dia Kongo [kimpwanzadiakongo@yahoo.fr] 02/07/2017 14:29:25
Armand Lumumba n? est pas le père de notre indépendance politique comme on a tendance à le dire dans ce pays . Cette volonté manifeste de travestir l? histoire de ce pays doit cesser . La paternité de l? indépendance de ce pays est l? oeuvre de l? ABAKO dont le fondateur fût Mbuta Nzeza Nlandu et son président Mbuta Joseph Kasavubu . Pour vous rafraîchir la mémoire le mouvement de la révolte du janvier 1959 qui déclencha la révolte à Leopoldville est l? oeuvre du leader de l? ABAKO et non de mbuta Lumumba. Voilà le vérité !



Armand [Armand1967leliondejuda@gmail.be] 04/07/2017 07:07:19
Cher Kipwanza,
L?indépendance politique du Congo a eu plusieurs parents parmi lesquels certains blancs d?Europe et noirs d?Amérique. Nzenza Landu, Papa Kasa-Vubu , Kalonji Albert .... furent aussi des parents de cette indépendance politique. L?opinion nationalement admise parle de plusieurs pères. Mais , l?opinion nationalement marquant la mémoire collective Congolaise attribue à Lumumba la paternité de cette indépendance. Le justificatif pour moi est la comptabilité d?actes, attitudes et faits attribuables aux leaders politiques de cette époque.



Nono [no2.bay@orange.fr] 04/07/2017 23:31:58
Compatriote Lokondo,

J’ai hésité avant de faire suite à votre analyse tant je ne comprenais pas ou plus exactement j’étais heurté par sa finalité sous-jacente : est-il besoin d’opposer tant « nationalisme et coopération », celui-là ne condamne pas automatiquement celle-ci, ni d’opposer « nationalisme et patriotisme », il n’y a nationalisme qu’en face d’un ennemi étranger qui vous refuse votre patriotisme ? N’est-il pas non plus anachronique et réducteur d’évaluer ou de comparer les trajectoires de nos leaders de l’indépendance à la seule aune « idéologique » quand pour eux il était d’abord question d’un abord « pratique » vu leurs convictions, le contexte de l’époque qui était de « combattre le colonialisme, d’obtenir l’Indépendance et de gouverner avec les moyens dont ils disposaient » ? Nous avons d’abord à contextualiser leurs choix, s’ils en furent capables, et les modes d’action qui furent les leurs : en 1960 et avant, le Congo et l’Afrique étaient sous exploitation coloniale, le défi capital pour ses enfants était d’en sortir, les « nationalistes » comme Lumumba n’ont d’abord fait qu’en emprunter le chantier face aux colons qui leur barraient la route, méfions-nous des jugements et des comparaisons absolues rétrospectives quant à leur « geste » et de vite les assimiler à la période actuelle…
En passant, je ne partage pas non plus votre optimisme d’évangile sur notre impossible balkanisation quant ailleurs un néo-colonialisme intensif et sa dépendance conséquente équivalent bien un colonialisme en attendant que suite à nos propres échecs ce ne soient pas nous-mêmes qui nous satisfaisions, qui cherchions le salut dans ce colonialisme de type nouveau ; ce n’est hélas pas impossible (Porto-Rico dont Trump ne voudrait pas comme 51ème Etat américain ne vendrait-il pas sa souveraineté pour soulager sa propre impéritie ?) Passons…

S’agissant de Lumumba, est-il besoin de rappeler là aussi qu’il a d’abord connu son triste sort parce qu’il représentait l’anti-colonialisme, son pari d’une auto-détermination souveraine et non en raison d’une quelconque tare comportementale ? Les reproches d’impulsivité, d’imprévisibilité, d’ignorance, de méchanceté ou d’incivilité ou de quelque chose de ce genre sont bien accessoires, ceux qui l’ont connu vous le confirmeront… C’était d’abord un militant et un politique déterminé, convaincu et courageux comme rarement il y’en a eu dans le monde au service de l’indépendance politique, économique et ‘idéologique’ de son pays, comme il en fallait pour ce combat noble mais laborieux !
A travers son discours du 30 juin 1960 et plus généralement dans sa ligne politique, il a le premier et combien « personnifié la nation congolaise à côté d’autres qui s’y présentaient en chefs de clans » empêtrés dans « leurs intérêts et enjeux traditionnelles », s’y adressait non pas seulement aux colonisateurs mais incarnait devant ses Compatriotes le leader d’une Nation unifiée pour l’avenir en rendant hommage à leurs luttes et en célébrant avec eux cette victoire finale de leur Indépendance ! Ses « ennemis » directs les Belges mais aussi d’autres Occidentaux reconnurent de bonne foi pour certains dans son projet audacieux et même fou, contraire au leur et qui les défiait, celui d’une personnalité « se détachant nettement des hommes politiques falots qui l’entouraient déplorant l’absence d’hommes d’Etats au Congo en dehors de lui.»

Lumumba aurait pu gagner, c’était possible, s’il avait bénéficié d’un appui aussi convaincu de ses pairs Congolais et africains alors peu armés intellectuellement et idéologiquement et facilement achetables, d’une armée disciplinée et républicaine, d?un pays soudé et la face du monde (impérialiste, colonialiste et néo-colonialiste) en aurait complètement été changée, notre dépendance structurelle et idéologique aurait connu une autre voie…
Bref, selon moi, nous n’aurons rien compris de notre combat souverainiste capital et indispensable, si nous privilégions une lecture rétrospective d’abord à partir des échecs qui ont été les nôtres à cette douloureuse époque et par la suite et non sur les valeurs et espoirs qu’elle nous a tracés…
Si l’attitude et le discours d’un Lumumba le 30 juin 1960 a paru téméraire, il n’est devenu ‘suicidaire’ que par la volonté et la puissance de ses adversaires dedans et surtout dehors et non parce qu’il l?était en réalité car il a révulsé d’abord parce qu’il rendait compte de manière crue de la dignité perdue des (anciens) colonisés. Ainsi quelque part il était nécessaire, il n’aurait pas existé on ne prêterait pas tant attention au « combat anti-impérialiste » encore indispensable et Lumumba partage le sort malheureux de nombreux « rebelles » qui ont légitimement revendiqué de par le monde les droits des faibles… La liberté et la justice n’ont pas besoin de convenances, d’heure pour être défendues, elles doivent l’être à tout moment, tant pis si le combat entraîne des victimes, c’est vieux comme le monde…

Et aujourd’hui la lutte anticolonialiste s’est muée légitimement en lutte des faibles contre les puissants car souvent les intérêts de ces derniers n’épousent pas les nôtres et au Congo comme partout en Afrique, les meilleurs et les plus efficaces de nos leaders sont ceux qui la poursuivent avec la même détermination selon d’autres modalités et Lumumba demeurera ainsi cette incontournable référence pour nous et d’ailleurs à travers le monde de ce combat !
Sa reconnaissance ne relève pas d’une « histoire du Congo politiquement orientée, sélectivement écrite, à sens unique », mais celle d’un « nationalisme » qui dépasse à raison les clivages et les récupérations ultérieures… En ce sens la défense bien sentie de notre souveraineté n’est pas qu’un « discours » démagogique dont se servent nos potentats pour se donner un « permis de tuer » les leurs à l’abri des critiques externes mais un programme des réels « actes nationalistes » conséquents, intemporels ! Ne mélangeons donc pas tout, nous ne saurons mieux faire pour notre meilleur avenir sans ce viatique toujours vital… Sur le terrain, ces deux visions ou mieux ces deux tropismes serviront comme partout dans le monde des modalités de gouvernance différentes mais aucune ne réussira en faisant fi de la valeur « souverainiste » encore plus indispensable en cette mondialisation impitoyable…

Quant à Lumumba ce n’est pas que pour raisons diplomatiques que la Belgique a présenté des « excuses » au peuple congolais et exprimé ses « profonds et sincères regrets » en 2002 pour son rôle dans l’assassinat de Lumumba, c’est sa part de reconnaissance dans les conditions de la mort d’un « juste », arrêtons de le diffamer trop rapidement, ses erreurs ont d’abord été celles d’une époque, de son temps, d’un contexte : la Belgique est aussi coupable d’avoir moins bien préparé le Congo que d’autres pays en 1960 pour ses lendemains, c’est d’ailleurs en partie pour cette raison que nous avions eu besoin d’un leader de la trempe de Lumumba, nous n’avons donc fait qu’avec ce que nous avions…

Et pour finir je paraphraserais cette sagesse « Ce n?est pas parce que les choses sont difficiles que nous n?osons pas, mais parce que nous n?osons pas qu?elles sont difficiles », le combat de Lumumba par « trop nationaliste » qu’il parait et donc quelque part « irréaliste » qu’il a été, pas complètement concluant vu notamment le triste sort que l’homme connut non parce qu’il fut « inatteignable » mais parce que le contexte par nos faiblesses et par l’obstruction de nos puissants ennemis l’a rendu fort difficile mais il demeure une arme incontournable de notre « lutte politique et économique »…
Aucune fatalité objective ni déterminisme psychologique ou politique dans les échecs de Lumumba ni tous ceux qu’a connu notre pays, investissons davantage dans notre propre réaction aux faits hier comme aujourd’hui pour y découvrir les failles qui elles, continuent d’être accumulées non pas tant en raison d’une tare consubstantielle au principe et à la pratique du « nationalisme », du « souverainisme »…
Les erreurs sont la conséquence inévitable d’actions largement collectives dans ce cas, portons donc notre intérêt sur celles-ci, passées et à venir en lieu et place des jugements définitifs et trop exclusifs sur les protagonistes peut-être que nous y trouverons mieux les germes des résultats futurs tant aucune tâche même la plus difficile n’est en dehors de la capacité des hommes, d’une société responsable et industrieuse…

Mes excuses, je n’ai pu coucher mon propos qu’en vrac, donc long au gré des ‘évocations’ que le sujet me les provoquait mais c’est en gros ce que j’en pense…


 

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