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04 Juin 2017

Retour sur nos échanges avec le professeur André Mbata

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Le 24 mai dernier, CIC a publiĂ© un communiquĂ©, dans sa rubrique du mĂȘme nom, de l’Institut de Recherche en Droits Humains (IRDH). Celui-ci indique qu’il a participĂ© Ă  “un atelier qui a rĂ©uni, du 22 au 23 mai 2017, au Birchwood Hotel de Johannesbourg, des professeurs d’universitĂ©s, avocats, magistrats, syndicalistes et dĂ©fenseurs des droits humains d’Afrique australe”. OrganisĂ© par “l’Association des Juristes de la SADC (SADC Lawyers’ Association) avec l’appui technique et financier de la Fondation Konrad Adenauer Stiftung (KAS)”, l’atelier s’est attelĂ© Ă  “l’analyse des progrĂšs, dĂ©fis et avenir de la dĂ©mocratisation des pays de la SADC”.

Le communiquĂ© de l’IRDH nous a renvoyĂ© instantanĂ©ment Ă  certains de nos Ă©changes avec le professeur AndrĂ© Mbata Mangu. Qu’on se souvienne que le 18 fĂ©vrier 2016, l’Institut pour la DĂ©mocratie, la Gouvernance, la Paix et le DĂ©veloppement en Afrique (IDGPA), dirigĂ© par celui-ci, a organisĂ© Ă  Kinshasa un “colloque international sur les 10 ans de la Constitution de la RDC, en collaboration avec la FacultĂ© de Droit de l’UniversitĂ© de Kinshasa (UNIKIN)”. Le thĂšme Ă©tait le mĂȘme que celui de l’atelier de Johannesbourg, mais rĂ©duit dans le cadre politico-gĂ©ographique : “La Constitution du 18 fĂ©vrier 2006: bilan, dĂ©fis et perspectives de consolidation dĂ©mocratique en RĂ©publique DĂ©mocratique du Congo”.

DĂšs l’annonce du colloque de l’IDGPA dans CIC, nous avions rĂ©agi, le 21 novembre 2016, Ă  travers un article au titre suffisamment Ă©loquent : “Colloque international sur les 10 ans de la Constitution : le problĂšme est mal posĂ©â€. Car, pour nous, il n’y avait et il n’y a toujours aucune dĂ©mocratie Ă  consolider en RDC, mais une dictature fĂ©roce. Le professeur Mbata nous avait rĂ©pondu le lendemain dans un article insistant sur le fait que le problĂšme Ă©tait bien posĂ©.

A la publication de l’état des lieux et les recommandations du colloque dans CIC, nous avions rĂ©agi une fois de plus, le 8 mars 2016, pour exprimer notre dĂ©ception. D’abord, en guise de recommandations, il n’y avait qu’une succession de vƓux ou de priĂšres. Ensuite, un colloque dit scientifique se terminait par un slogan politique : “Constitution ewumela !”. Aujourd’hui qu’une autre rencontre scientifique dresse le constat du deuxiĂšme processus de dĂ©mocratisation de l’Afrique dans le cadre sous-rĂ©gional de la SADC et recommande des solutions, il est intĂ©ressant de dĂ©cortiquer les pistes de solution recommandĂ©es.

L’atelier de Jobourg a rĂ©uni la crĂšme de la crĂšme intellectuelle de la sous-rĂ©gion. Comme le prĂ©cise le communiquĂ©, “d’éminents professeurs ont pris part active Ă  cette discussion”. On peut citer le Sud-africain Mathole Motshekga, professeur Ă  la FacultĂ© de Droit de l’UniversitĂ© de Pretoria, avocat Ă  la Cour SuprĂȘme de Justice d’Afrique du Sud, dĂ©putĂ© et ancien chef du Groupe parlementaire de l’ANC ; le Zambien Michelo Hansungule, professeur de Droit et chercheur au Centre de recherche sur les Droits de l’Homme de l’UniversitĂ© de Pretoria ; le ZimbabwĂ©en Blessing Simura, docteur en philosophie et relations internationales, chercheur en sciences politiques de l’UniversitĂ© de Zimbabwe ; le Sud-africain Lwazi Siyabonga Lushaba, professeur des politiques africaines et d’économie-politique africaine Ă  l’UniversitĂ© de Cape Town ; le Congolais AndrĂ© Mbata Mangu, professeur Ă  la FacultĂ© de Droit de l’UniversitĂ© de Kinshasa (UNIKIN) et Ă  l’UniversitĂ© d’Afrique du Sud (UNISA) ; et le Sud-africain Jaap de Visser, professeur Ă  la FacultĂ© de Droit de l’UniversitĂ© de Cape Town.

Les participants ont notĂ© que les promesses du bien ĂȘtre des peuples africains faites par les pĂšres des indĂ©pendances ont Ă©tĂ© déçues dans l’espace SADC. Quant au bilan de la deuxiĂšme vague de dĂ©mocratisation, il est consternant. Il y a d’abord “l’illusion Ă©lectorale comme ingrĂ©dient de l’agenda dĂ©mocratique”. Car, “on organise des Ă©lections, non par souci de dĂ©mocratisation des Etats, mais comme une simple formalitĂ© permettant aux uns [les politiciens africains] d’accĂ©der aux capitaux et aux autres [les ex-colonisateurs] d’avancer leurs agendas”. Les partis politiques, que nous avons toujours considĂ©rĂ©s comme de simples “ligablo”, en prennent Ă©galement pour leur grade. L’atelier constate que leur “prolifĂ©ration n’offre pas de chance Ă  la participation politique citoyenne. Par contre, elle impacte nĂ©gativement sur la mise en Ɠuvre de l’idĂ©al dĂ©mocratique. Elle crĂ©e l’opportunitĂ© pour des personnes qui ne respectent pas la discipline de leurs partis Ă  devenir indĂ©pendants sur le marchĂ© du dĂ©bauchage politique”. La vague des rĂ©visions constitutionnelles n’épargne pas la SADC. Sur ses 15 membres, “12 ont modifiĂ© leurs constitutions ou n’y font pas allusion, comme au Swaziland oĂč le Roi rĂšgne en monarque absolu et le Lesotho oĂč l’armĂ©e fait la loi”. Pire, ces rĂ©visions ne visent pas Ă  amĂ©liorer la gestion des Etats. Elles servent plutĂŽt Ă  “dĂ©samorcer les principes dĂ©mocratiques” qui n’existent dĂ©jĂ  que sur papier.

Pour rĂ©gler leurs problĂšmes politiques majeurs, les peuples de la SADC ne peuvent donc pas compter sur leurs dirigeants. L’atelier souligne qu’ils ne peuvent mĂȘme pas compter sur leur organisation sous-rĂ©gionale. Car, “ironiquement, le dĂ©fi institutionnel de la SADC est pire que celui de ses membres”. Il en est de mĂȘme de l’Union Africaine qui ne peut servir d’ultime recours. Pour paraphraser les Ă©minents participants Ă  l’atelier, sur les 15 membres de la SADC, 3 seulement ont ratifiĂ© la Charte Africaine de la DĂ©mocratie, des Elections et de la Gouvernance, adoptĂ©e par l’Union Africaine depuis mai 2004 : Afrique du Sud, Mozambique et Zambie.

Que faire face Ă  ce tableau sombre et bien connu de toutes les Ă©lites de la SADC et du reste du continent ? L’atelier recommande aux juristes de “rassurer leurs sociĂ©tĂ©s que les animateurs et les institutions publiques respectent leurs constitutions, seules garanties des valeurs dĂ©mocratiques”. Quelle est la valeur d’une telle recommandation quand on sait qu’en RDC, par exemple, le juriste et professeur des universitĂ©s AndrĂ© Mbata ne cesse de souffler en vain Ă  l’oreille de Joseph Kabila qu’il y a une vie aprĂšs le pouvoir ? L’atelier recommande Ă©galement que “la population de chaque pays qui n’est pas un parti d’opposition ni un groupe anti-gouvernemental devrait animer la dĂ©mocratie au quotidien et contraindre les animateurs d’institutions publiques Ă  lui rendre compte de chaque acte posĂ©â€. N’est-ce pas ce que font en vain les Congolais surtout depuis que Joseph Kabila multiplie les artifices pour se maintenir au pouvoir en dĂ©pit de l’interdit constitutionnel ? L’article 64 de leur Constitution - “Tout Congolais a le devoir de faire Ă©chec Ă  tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la prĂ©sente Constitution” - ne leur reconnait-il pas ce droit ? Cela empĂȘche-t-il qu’ils soient emprisonnĂ©s ou massacrĂ©s quand ils l’exercent ?

L’atelier de Jobourg allait connaitre le mĂȘme sort que le colloque de Kin, Ă  savoir formuler des recommandations d’une grande lĂ©gĂšretĂ© pour une rencontre scientifique rĂ©unissant de surcroit d’éminents professeurs. Heureusement que contrairement aux professionnels de la pensĂ©e qui s’étaient rĂ©unis Ă  Kin, ceux rassemblĂ©s Ă  Jobourg ont Ă©galement soulignĂ© la piste de solution que nous ne cessons de marteler dans ce forum et ailleurs lors de nos Ă©changes sur le triste destin de la RDC et de l’Afrique saharienne dans son ensemble en matiĂšre de gouvernance. On peut lire dans le communiquĂ© de l’IRDH : “Eu Ă©gard Ă  l’état des lieux de la dĂ©mocratisation dans la sous-rĂ©gion, les participants ont explorĂ© des pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives”.

Il nous reste Ă  espĂ©rer que ces pensĂ©es seront mises Ă  la disposition du grand public, car le communiquĂ© de l’IRDH reste muet Ă  ce sujet. Et nous osons croire que le professeur AndrĂ© Mbata Mangu pour qui la Constitution de la RDC ne pose aucun problĂšme - “Constitution ewumela !” - aura eu Ă  Jobourg l’honnĂȘtetĂ© intellectuelle d’informer ses pairs qu’un intellectuel de la diaspora congolaise n’a pas attendu l’annĂ©e 2017 pour faire le bilan de la deuxiĂšme vague de dĂ©mocratisation de l’Afrique. Il l’avait anticipĂ©. Mieux, il n’a pas attendu l’organisation d’un atelier scientifique pour se rendre compte que l’Afrique a besoin d’alternatives Ă  la pensĂ©e dĂ©mocratique occidentale. Car, il est l’architecte d’un systĂšme dĂ©mocratique alternatif qu’il ne cesse de vulgariser depuis 1999. Avec les moyens du bord.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2017

 

8 Réactions

Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 05/06/2017 08:54:08
Cher Mayoyo,

J’espĂšre que ces Ă©minents savants africains n’avaient pas besoin du Prof. Mbata pour savoir qu’un autre intellectuel de la diaspora n’a pas attendu l’organisation d’un atelier scientifique pour se rendre compte que l’Afrique a besoin d’alternatives Ă  la pensĂ©e dĂ©mocratique occidentale, qu’il l’avait anticipĂ© et formulĂ© sous forme d’un systĂšme dĂ©mocratique alternatif qu’il ne cesse de vulgariser depuis 1999. Avec les moyens du bord. Sinon, il y aurait lĂ , un sĂ©rieux problĂšme dans la dissĂ©mination des productions intellectuelles africaines. A propos, pourquoi ne pas tenter d’organiser, vous-mĂȘme, un colloque sur le sujet ? Je suis certain que vous trouverez facilement un financement auprĂšs de l’UE, du Centre Carter ou mĂȘme de la Fondation Bill & Melinda Gates.

Je ne peux m’empĂȘcher de me demander pourquoi le Prof. Mbata ne vous a pas invitĂ© Ă  ce colloque. Mais bon....



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt11042017@hotmail.com] 05/06/2017 11:32:54
Cher Jo Bongos,

Au regard du dĂ©senchantement dĂ©mocratique presque gĂ©nĂ©ralisĂ© sur le continent, l’initiative scientifique de l’Institut pour la DĂ©mocratie, la Gouvernance, la Paix et le DĂ©veloppement en Afrique (IDGPA) dirigĂ© par le Professeur AndrĂ© Mbata et celle de l’Association des Juristes de la SADC (SADC Lawyers’ Association) doivent ĂȘtre louĂ©es. Dans des pays normaux, les Ă©lites intellectuelles et politiques devraient ĂȘtre mobilisĂ©es dans la mĂȘme direction. Car, comme l’a si bien Ă©crit le PrĂ©sident Pascal Lissouba, « nous n’avons pas rĂ©flĂ©chi Ă  la dĂ©mocratie comme nous n’avions pas, hier, rĂ©flĂ©chi Ă  l’indĂ©pendance. Nous nous sommes jetĂ©s Ă  l’eau. Il est temps de marquer le pas et de rĂ©flĂ©chir ». Il est temps de rĂ©pondre enfin Ă  l’appel lancĂ© par Mgr. Tshibangu Tshishiku dĂ©jĂ  Ă  la fin des annĂ©es 60 : « OĂč sont nos penseurs, nos sociologues, nos philosophes, Ă©conomistes, thĂ©ologiens, psychologues, critiques de science, etc. qui portent leur regard sur les diffĂ©rents aspects de notre vie d’aujourd’hui et en tirent une lumiĂšre, rĂ©pondent Ă  nos investigations et nous indiquent les voies pour nous rĂ©aliser authentiquement ? Il est temps que de tels reprĂ©sentants de la sociĂ©tĂ© se produisent pour que nous ne soyons pas perpĂ©tuellement des suiveurs et que d’autres continuent Ă  penser et Ă  assurer notre sociĂ©tĂ© pour nous ». AprĂšs l’appel de la SADC Lawyers’ Association Ă  explorer des pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives, j’espĂšre que nombre de mes compatriotes qui estiment que la Constitution actuelle n’a pas de problĂšme rĂ©flĂ©chirons par deux fois. Ceci dit, mon contrat de travail de Bula Matadi sans frontiĂšres m’interdit de solliciter un financement pour l’organisation d’un colloque sur quel que sujet que ce soit. Jean-Marie Mabiti que je ne rencontre que dans cet espace voulait une fois m’inviter Ă  une rencontre analogue en France. Mais cela n’a pas marchĂ©. EspĂ©rons qu’il y aura d’autres occasions pour porter mes messages un peu plus loin. Je suis d’accord ave vous, l’Afrique a un problĂšme de diffusion d’idĂ©es.



jean [jean.makambo@yahoo.com] 06/06/2017 10:18:58
En lisant cet article,il me semble que c’est bien une attaque contre personnelle contre le Monsieur qui a participer a cet atelier a j’obourg, quel mal a t il fait de dĂ©fendre la constitution de son pays? Je conseillerai plutĂŽt a l’auteur de cet article d’utiliser son intelligence pour unifier les congolais en se joignant a ceux qui se battent rĂ©ellement(sur terrain) pour un changement dans notre pays la Rdc.
Je commence a me fatiguer de lire tout ce bon français sur CIC.
L’union fait la force



Ozone [lion_de_judas@yahoo.fr] 07/06/2017 08:57:18
Cher ami, le problĂšme des pays africains, ce nÂŽest ni la constitution, ni des pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives. Le grand problĂšme, cÂŽest lÂŽabsence de la volontĂ© politique, cÂŽest-Ă -dire lÂŽAfrique manque des dirigeants capable de tenir promesse ou de respecter la parole donnĂ©e. Pire encore, le peuple de lÂŽAfrique noire a peur de se rebeller pour faire pression ou faire partir de force ses dictateurs. Les constitutions des autres pays africains, notamment la Tunisie, lÂŽEgypte ou ailleurs oĂč le peuple a chassĂ© les dictateurs par la force sont-elles diffĂ©rentes de celles de la RD Congo, Rwanda ou Burundi?
Par exemple, lÂŽactuelle constitution de la RD C est une constitution rĂ©volutionnaire qui donne le pouvoir au peuple de faire Ă©chec Ă  tout individu (...) qui prend le pouvoir par la force (art. 64) on peut mĂȘme dire que cette constitution ne sÂŽoppose au peuple de rĂ©courir Ă  la violence, y compris les armes, pour faire Ă©chec Ă  tout individu qui prend le pouvoir par la force. QuÂŽ attendent les congolais pour rĂ©agir comme les Tunisiens, Egyptiens et les autres? Il est clair que la constitution en elle-mĂȘme ne peut sÂŽappliquer, il faut que les hommes ou les femmes aient le courage pour la protĂ©ger et les dirigeants aient la volontĂ© politique nĂ©cessaire pour son application effective. Par exemple, il y a de pays africains, par exemple, le SĂ©nĂ©gal oĂč les constitutions sont respectĂ©es sans problĂšmes. Le SĂ©nĂ©gal nÂŽa pas besoin de ce que vous appelez " des pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives” pour protĂ©ger et respecter sa constitution. Le Burkinafasso nÂŽa pas eu besoin de vos "pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives" pour chasser le dictateur Blaise du pouvoir. Questions: Comment "ces pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives”peuvent elles agir pour pousser les dirigeants politiques Ă  respecter la parole donnĂ©e ou avoir une volontĂ© politique nĂ©cessaire pour faire bouger les lignes en Afrique de la SADC?



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt13042017@hotmail.com] 07/06/2017 11:22:13
Cher Jean,

Si vous n’avez pas encore compris que se battre « rĂ©ellement (sur le terrain) pour un changement dans notre pays la RDC » revient avant tout Ă  baliser la voie de la dĂ©mocratie Ă  travers la rĂ©flexion, c’est qu’une fois que vous aurez terminĂ© votre combat, vous vous rendrez vite compte que l’union ne fait pas la force mais encore et toujours la mĂȘme farce Ă  laquelle nous assistons depuis le 30 juin 1960. Par ailleurs, si vous aimez tant combattre sur le terrain, que venez-vous faire sur CIC qui n’est nullement un champ de bataille ?



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt11042017@hotmail.com] 07/06/2017 11:31:18
Cher Ozone,

Si vous attendez que les hommes politiques aient la bonne volontĂ© de tenir promesse ou de respecter la parole donnĂ©e, c’est que vous attendrez jusqu’à la fin de l’humanitĂ©. A tout pouvoir politique, il faut des contre-pouvoirs qui fonctionnent et non la bonne volontĂ©.



Nono [no2.bay@orange.fr] 08/06/2017 05:11:56
Cher Mayoyo,

Dans la foule des recommandations d’une grande lĂ©gĂšretĂ© scientifique s’agissant d’éminents constitutionnalistes, vous avez quand mĂȘme retenu celle poussant Ă  « explorer des pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives », c’est dĂ©jĂ  ça, l’atelier n’aura donc pas Ă©tĂ© vain ! C’est dire que quelque part « le problĂšme n’était peut-ĂȘtre pas si mal posĂ© » que vous l’aviez dĂ©crĂ©tĂ©. C’aurait peut-ĂȘtre Ă©tĂ© autrement plus lĂ©ger que dans une rencontre scientifique des constitutionnalistes africains, ils fassent purement et simplement table rase de tout, qu’is partent du constat qu’il n’existe aucun dĂ©but de « dĂ©mocratie » dans nos pays mais plutĂŽt qu’elle est Ă  parfaire ! C’est d’ailleurs ce qu’ils ont notĂ© ne manquant pas de se dĂ©soler de l’état dĂ©mocratique bien dĂ©ficitaire de la sous-rĂ©gion ! « Les promesses du bien ĂȘtre des peuples africains faites par les pĂšres des indĂ©pendances ont Ă©tĂ© déçues dans l’espace SADC » , il y’a « l’illusion Ă©lectorale comme ingrĂ©dient de l’agenda dĂ©mocratique » . « on organise des Ă©lections, non par souci de dĂ©mocratisation des Etats, mais comme une simple formalitĂ© permettant aux uns [les politiciens africains] d’accĂ©der aux capitaux et aux autres [les ex-colonisateurs] d’avancer leurs agendas », etc, etc, ont-ils admis

Ils ont aussi recommandé que « les animateurs et les institutions publiques respectent leurs constitutions, seules garanties des valeurs démocratiques »
C’est sur ce dernier point que porte ma premiĂšre remarque ou plus exactement sur la vague des « rĂ©visions constitutionnelles » qu’ils soulignent et dĂ©noncent : « elles ne visent pas Ă  amĂ©liorer la gestion des Etats. Elles servent plutĂŽt Ă  “dĂ©samorcer les principes dĂ©mocratiques » 

La charge qui leur incombe est en effet double : convenir des textes (et structures) les mieux adaptĂ©s Ă  notre sociĂ©tĂ© d’une part et veiller Ă  leur meilleure application de l’autre
 OĂč l’on entrevoit Ă  l’usage un pan important de leur travail bien spĂ©cifique Ă  nos jeunes Etats, celui des textes et structures les mieux adaptĂ©s Ă  nos sociĂ©tĂ©s ‘diffĂ©rentes’ d’oĂč nous sont venus les modĂšles institutionnels que nous ‘copions’
 C’est d’un intĂ©rĂȘt capital si l’on veut que nos textes soient appliquĂ©s avec plus de bonheur et c’est lĂ  votre lĂ©gitime obsession

Notons quand mĂȘme que les rĂ©visons constitutionnelles intempestives concernent des zones « culturelles » particuliĂšres, surtout dans les anciennes colonies françaises dans lesquelles notamment la limitation du nombre des mandats prĂ©sidentiels successifs a sautĂ© au fil de nos annĂ©es de souveraineté 
Notons aussi qu’en matiĂšre de dĂ©mocratie, c’est l’impair le plus flagrant du destin des rĂšgles dĂ©mocratiques que se sont donnĂ©s ces pays, leur application dĂ©faillante ! Elle tient moins Ă  la nature des modĂšles institutionnels qui sont quasiment les mĂȘmes que lĂ  oĂč elles sont respectĂ©es mais aux animateurs de ces pays, Ă  leur classe politique et Ă  leur culture (politique et Ă©thique
) : la « prĂ©sidence Ă  vie » impensable ailleurs y est curieusement tolĂ©rĂ©e...
Quelle signification donnez-vous Ă  cette « mauvaise habitude », croyez-vous que ce soit parce qu’on n’y a guĂšre explorĂ© des modĂšles institutionnels alternatifs ?

Autre curiositĂ© : « anti-valeurs » est un concept aujourd’hui courant au Congo pour dĂ©signer des « pratiques anti-dĂ©mocratiques » et je parie que ’modifier la constitution au grĂ© de ses intĂ©rĂȘts’ compte parmi les expressions de ces ’anti-valeurs’
 Ce n’est pas d’ailleurs en vain que le mot est surtout utilisĂ© par ceux qui veulent le changement, dĂ©noncent l’arbitraire ambiant !
Mais c’est quoi une « valeur » sinon la ‘reprĂ©sentation de l’idĂ©al’ que souhaite une sociĂ©tĂ© ; quand celle-ci se trouve en crise elle invoque les « anti-valeurs civiques ou simplement Ă©thiques » qui la minent ! Elles sont en rapport avec le ‘vivre-ensemble’ harmonieux

Dans la sphĂšre publique, de la conduite de la citĂ© les valeurs sont ces normes qui vont fonder nos jugements des hommes politiques, de leurs actes mais aussi celles qui poussent une sociĂ©tĂ© Ă  s’inventer des lois et des interdits ! Elles sont donc en amont des textes institutionnels
 On s’imagine bien que selon les Ă©poques, les contrĂ©es, les diffĂ©rentes ‘cultures’ ne vont pas mobiliser les mĂȘmes « valeurs », aboutir aux mĂȘmes lois
.
Des ’pensĂ©es dĂ©mocratiques alternatives’ proviennent donc aussi de ces diffĂ©rentes expĂ©riences humaines d’oĂč encore l’importance de l’homme, des hommes avant les textes qu’ils vont produire ; la preuve : des Ă©minents scientifiques ne se sont pas posĂ©s de suite des questions des changements radicaux dans nos modĂšles institutionnels, peut-ĂȘtre que malgrĂ© tout ils n’ont pas Ă©tĂ© bercĂ©s dans une culture qui y prĂȘte
. Encore les hommes et leurs mentalitĂ©s




Elili [dibangu@hotmail.com] 08/06/2017 05:18:50
Cher Jean,
Je viens de lire votre rĂ©action en rapport avec l’article de MBTT. Je suis Ă©tonnĂ© par votre rĂ©action. Un Ă©crit, contre un Ă©crit n’a thĂ©oriquement rien de personnel. L’unitĂ© d’un peuple n’est pas garantie par l’absence de divergence d’opinion, ce qui rĂ©duirait drastiquement les diffĂ©rentes voies pour Ă©clairer l’opinion, et enrichir d’une maniĂšre ou d’une autre la recherche des solutions aux problĂšmes humains qui se poseront toujours. L’unitĂ© de nos pensĂ©es devrait se dĂ©finir comme une recherche du Bien-Être collectif du pays et de tous ses habitants. Cela se fait en cherchant voies et moyens pour y parvenir. Il serait pauvre que l’on ait tous une seule maniĂšre, l’intolĂ©rance d’un point de vue de l’autre est le fondement de la dictature de pensĂ©e. Je suis dĂ©solĂ© de formuler cette observation. Je n’ai rien contre vous personnellement. Je donne mon point de vue pour notre bien Ă  tous; le vĂŽtre aussi. Il faudra que nous soyons tous conscients que tout point de vue est limitĂ© et ne peut ĂȘtre exhaustif ni dĂ©finitif. Il est toujours partiel. L’on ne dira sur une situation qu’un point de vue et Ă  chaque idĂ©e on peut en opposer une autre sans que l’on soit divisĂ©, ni opposĂ© du point de vue personnel. Que Dieu nous vienne en aide.


 

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