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21 Avril 2017

Pourquoi assiste-t-on à une banalisation des fosses communes depuis l’arrivée au pouvoir de l’AFDL ?

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

“Pourquoi assiste-t-on à une banalisation des fosses communes depuis l’arrivée au pouvoir de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre) en 1997” ? La question est posée par Noël Tshiani Muadiamvita, “candidat déclaré à la prochaine élection présidentielle”, dans un “communiqué publié jeudi 19 avril depuis Washington”. Tshiani estime à juste titre qu’au chapitre des massacres du Kasaï, “la responsabilité de Joseph Kabila est clairement engagée, en sa double qualité de chef de l’Etat en exercice et de commandant suprême de l’armée et de la police”. Aussi demande-t-il à ce dernier de démissionner “pendant l’enquête qui devra être menée par la CPI”.

CIC qui relaye le communiqué de Tshiani dans un article publié le 20 avril met également en lumière un autre communiqué, celui publié le même 19 avril par le Haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme. Celui-ci “menace de saisir la Cour pénale internationale dans le cas où les autorités congolaises persisteraient à ne pas ouvrir d’enquête”. Et le Rédacteur en chef de CIC, Baudouin Amba Wetshi, de se poser cette question : “Noël Tshiani et le Haut-commissaire aux Droits de l’Homme seront-ils entendus par le Bureau du procureur près la CPI ? On peut en douter…”.

Dans cet article, nous ne refusons de laisser en souffrance la question de Tshiani et le doute exprimé par Amba en guise de réponse à sa propre question. Pour répondre à la question de Tshiani, il convient de noter que plusieurs guerres civiles en Afrique ne sont pas menées par les Africains qui envahissent les écrans de télévision et se bombent le torse en apparaissant comme des Rambo ou des redresseurs des torts face à des pouvoirs honnis. Souvent, ces Africains ne sont que des marionnettes ayant certes quelques latitudes de manœuvre en tant qu’êtres humains. Mais les puissances occidentales, les Etats-Unis en tête, restent encore et toujours les marionnettistes cachés derrière un rempart de mensonges.

L’expérience l’a suffisamment démontré, les médias dominants ainsi que les grands de ce monde font une grande différence entre les crimes. Il existe de bons et de mauvais crimes. Les bons crimes sont ceux commis au nom du droit de la force des puissances occidentales à mettre à genou les bidonvilles planétaires tandis que les mauvais crimes sont ceux qui ne rentrent pas dans cette catégorie. Notons que cela n’empêche que des exceptions viennent de temps en temps confirmer cette règle générale.

La rébellion-invasion de l’AFDL n’était pas l’expression de la volonté politique du Rwanda, de l’Ouganda et de Laurent-Désiré Kabila. Elle traduisait avant tout la volonté politique des Etats-Unis de se débarrasser d’un Mobutu qu’ils avaient placé au pouvoir en 1965, mais devenu encombrant après trente-deux années de règne sans partage sur le plan interne. Le Rwanda, l’Ouganda et Laurent-Désiré Kabila, qui avaient certes greffé leurs petits agendas respectifs à l’agenda du plus grand gendarme du monde, n’étaient que des marionnettes dans les mains de ce dernier. Dans ce contexte, leurs crimes sur le sol congolais étaient d’avance étiquetés bons crimes. Et les bons crimes ont la particularité d’être banalisés et de rester impunis à moins qu’un grain de sable ne vienne s’introduire dans le mécanisme bien huilé de l’indignation sélective, jeu auquel les puissances occidentales excellent.

On nous rétorquera sans doute que la banalisation des fosses communes au Congo-Kinshasa se poursuit de nos jours, c’est-à-dire bien après la prise du pouvoir par l’AFDL et surtout la tenue des élections dites démocratiques de 2006 et 2011. Quel serait alors l’intérêt des puissances occidentales quand on sait que celles-ci se montrent aujourd’hui très critiques vis-à-vis de la volonté et de la détermination de Joseph Kabila à s’octroyer une présidence à vie ? Poser cette question, c’est répondre à celle de Baudouin Amba Wetshi ou comprendre son doute à voir le Bureau du procureur près la CPI entendre les appels de Noël Tshiani et du Haut-commissaire aux Droits de l’Homme au point de diligenter une enquête sur les massacres du Kasaï.

La détermination de Joseph Kabila à se succéder à lui-même en dépit de l’interdit constitutionnel et les massacres qu’il ne cesse d’aligner pour concrétiser sa volonté constituent une aubaine ou une véritable mine d’or pour plusieurs milieux influents en Occident dans lesquels peuvent se retrouver des dirigeants apparemment respectables. Ces milieux sont mieux renseignés que les Congolais. Ils savent que Joseph Kabila et sa fratrie se sont enrichis comme jamais dirigeant congolais et les membres de sa famille ne se seront enrichis. Le face-à-face entre l’immensité des crimes contre l’humanité commis par Joseph Kabila et son immense trésor de guerre accumulé sur le dos du peuple attire des lobbyistes occidentaux qui vont s’enrichir en banalisant les fosses communes… jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne un jour gâcher la fête.

Des intérêts égoïstes en Occident expliquent la banalisation des fosses communes au Congo-Kinshasa depuis l’arrivée au pouvoir de l’AFDL. Ils expliquent le silence du Bureau du procureur près la CPI pendant que la MONUSCO découvre des fosses communes dans lesquelles l’armée nationale congolaise, qui est censée protéger les Congolais, jette des cadavres de Congolais qu’elle aura massacrés. Mais cela ne dédouane pas les Congolais de leur responsabilité devant l’Histoire. D’abord parce qu’organisés, ils peuvent introduire des grains de sable pour enrayer la machine de l’indignation sélective si chère à l’Occident chrétien et humaniste, en s’appuyant, s’il le faut, sur les forces progressistes qui sont légion en Occident même. Ensuite, si aujourd’hui Joseph Kabila dispose de tout un trésor de guerre lui permettant d’acheter des consciences à travers le monde ; si l’armée nationale congolaise est au service d’un individu et non de toute la nation, c‘est parce que les élites congolaises ont mis en place un système politique dit démocratique, mais qui, dans les faits, ne permet aucun contrôle démocratique sur le pouvoir du président de la république.

On peut aborder la tragédie congolaise à partir de n’importe angle, on finit toujours par se retrouver en face du péché capital, à savoir l’existence d’un jeu politique dans lequel, la mauvaise disposition des choses aidant, la fonction d’édiction des règles générales (fonction législative), la fonction d’exécution de ces règles (fonction exécutive) et la fonction de règlement des litiges (fonction juridictionnelle) sont, dans les faits, confondues et détenues par une seule et même personne à travers le phénomène clientéliste. Comme dans une monarchie absolue. Pourtant, pour qu’elle soit effective, la théorie de la séparation des pouvoirs, élaborée par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755), vise à séparer les différentes fonctions de l’Etat, afin de limiter l’arbitraire et d’empêcher les abus liés à l’exercice des missions souveraines. Pour atteindre cet objectif noble, la théorie de séparation des pouvoirs plaide non pas pour l’existence des plusieurs partis politiques ou de tout autre artifice du modèle Westminster de la démocratie. Elle plaide pour une et une seule chose. Chacune des trois fonctions ci-dessus doit être exercée par des organes distincts, indépendants les uns des autres, non pas par leurs dénominations, mais par leur mode de désignation et leur fonctionnement.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2017

 

9 Réactions

Masudi Uchudi [Mlu1@cornell.edu] 22/04/2017 12:50:30
Cher compatriote Mayoyo,

Votre article est intéressant á plusieurs titres. Il montre le jeu malsain auquel s’adonnent les forces occultes du système international qui cherchent á controler et á dominer l’ensemble du monde. Tout est controlé par ces forces qui agissent dans l’ombre.

Nous vivons dans un monde qui est manipulé chaque jour du matin au soir par les forces du système international. A travers la manipulation des hommes politiques et des médias dans les pays “riches.” L’objectif est d’assurer le respect des interêts des pays riches et des droits de leurs populations. Plusieurs mécanismes sont utilisés pour réaliser cet objectif. Les écrits de Samir Amin et de plusieurs ecrivains Latino-Americains (e.g., Dr. Furtado) ont réussi á montrer que le processus du dévelopment dans les pays dits "riches" est assis sur la persistence du sous-développement dans les pays dits "pauvres" ou "en voie de developpement."

Le processus d’indignation selective est un autre mécanisme. Les hommes politiques et les médias sont guidés par ce mécanisme. C’est pour cette raison que tous les crimes ne sont pas traités de la même manière. C’est pour cette raison que certains crimes (e.g. le meurtre de deux agents de l’ONU et les fosses communes dans le Kasai) sont banalisés.

A mon avis, il y a nécessité á ce que les forces progressistes du Nord et du Sud se mettent ensemble pour combattre les mécanismes immoraux mis en place par les forces occultes du système international. Il me semble que l’hypothèse formulée par Samir Amin est toujours d’actualité: Le processus de développement au Nord a besoin de la persistence du désordre et du sous-developpement au Sud. Les chercheurs devraient nous éclairer.

Il y a immoralité et un mauvais exemple pour les jeunes lorsque tous les crimes ne sont pas traites de la meme maniere. Il y a immoralité et choc a la conscience humaine lorsqu’on se rend compte que le comportement des hommes politiques et des médias dans les pays avancés est guidé par le mécanisme d’indignation selective. Il y a immoralité et risque d’emergence des groupes hostiles envers les interêts des pays riches si on ne s’efforce pas á faire disparaitre les mécanismes injustes.

Le cas de la RDC est une illustration du caractère malsain des mécanismes utilisés par les forces occultes du système international. N’oublions qu’après le controle exercé sur le Congo par les créanciers du roi Leopold II, il y a le conrtole qui est exercé sur le même pays par les fils et petits-fils des créancies de Leopold II. C’est eux et leurs alliés qui sont les commanditaires et les autres parties prenantes sont les exécutants.

Ce que vous avez écrit concernant la necessité d’une bonne architecture institutionnelle (une bonne disposition des choses) était une option possible vers la fin du regime de Mobutu. Durant le CNS. Cela est devenu une impossibilité logique maintenant qu’il est difficile d’imaginer ce que les occupants veulent faire de la RDC.

Bien cordialement, Masudi Uchudi




Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 22/04/2017 14:39:00
Cher Mayoyo,

A mon avis, ces fosses communes font partie d’une stratégie de terreur à l’encontre des populations congolaises. C’est pour marquer les esprits. Terroriser l’inconscient collectif congolais. Les mercenaires étrangers qui dirigent le Congo n’ont aucune considération de la vie humaine. Encore moins de celle d’un congolais. Ils arrivent à le faire parce que le peuple congolais, lâché par ses élites corrompues et médiocres, est à genoux. Comment en serait-il autrement ?

Tenez, regardez ces élus du Kasaï, par exemple, qui voient leurs propres familles décimées par des barbares et qui continuent à se soûler à Kinshasa. Sans rien dire. De peur de perdre quelques privilèges. Comment qualifier une telle banalisation de lâcheté ?

La banalisation de la lâcheté conduit à une banalisation des fosses communes.



Nono [no2.bay@orange.fr] 22/04/2017 17:25:53
Bien cher Mayoyo,

Largement d’accord avec vous sur les responsabilités élargies aux puissances occidentales dans nos « fosses communes » à travers les pays faibles dominés et exploités mais méfions-nous quand même d’oublier que le pire de l’homme, où qu’il se trouve et à quelque époque il vit, peut sortir même quand on l’attend le moins : souvent il ne suffit que des forte passions présentes souvent au coin des divers « pouvoirs » pour que son comportement bascule de tout au tout, devient bestial, même génocidaire… Les guerres entre Etats ou civiles, passées, présentes (et à venir) le démontrent assez partout sur cette planète…
Certes les différentes sociétés qui composent l’espace Congolais ont plutôt une tradition de respect de la mort (même si ses dirigeants n’ont pas toujours eu un égard conséquent pour la « vie humaine »), elles ont aussi moins l’expérience de morts massives subies dans des catastrophes collectives dont elles aient la mémoire fraîche comme le génocide rwandais d’où vient en partie cette banalisation de la mort en raison de l’horrible sinistre qui a vu les voisins s’entre-décimer entre eux…
Certes beaucoup des crimes qui s’abattent sur les Africains se greffent sur les agendas des étrangers puissants mais n’oublions pas l’importance capitale de leurs marionnettes locales et au-delà des Africains eux-mêmes au moins dans l’incessante répétition des tragédies que nous vivons depuis un demi-siècle de souveraineté(?)…

J’avais jadis lu une étude sur les « Nuer » du Sud-Soudan (E. Evans-Pritchard) et étais littéralement secoué par leur « coutume institutionnalisée » de « vendettas et razzias » déjà au sein même de la « tribu » et surtout envers leurs voisins les « Dinka » ! Si les Occidentaux Américains en tête ont pour des raisons géostratégiques et économiques démembré l’ancien Soudan et poussé à la création d’un Etat souverain au Sud, il est quasi évident que ce qui s’y passe aujourd’hui a aussi la mémoire de cet antagonisme traditionnel…
Bref l’Afrique est diverse, les catastrophes qu’elle subit n’ont pas toujours complètement un commanditaire occidental, ainsi à nous attarder à la condamnation principale des puissances occidentales peut nous amener à négliger la part indispensable qui tient à nos propres responsabilités, nos culpabilités dans nos « fosses communes » au Sud-Soudan bien sûr mais aussi au Congo : les marionnettistes ont aussi besoin des marionnettes qui leur obéissent, à nous de nous donner les moyens de leur faire faux bon ; dans tous les cas personne d’autre ne le fera à notre place !

Ailleurs, permettez une fois de plus, cher Mayoyo, de vous faire part de mon étonnement continuel selon lequel votre savante contribution à la solution de nos errements n’accorde pas assez, à mon point de vue, la priorité pourtant capitale dans la démarche à leur « pourquoi et comment »…
Pourquoi et comment se fait-il que l’élite politique et intellectuelle africaine ne se préoccupe pas autant des solutions nouvelles dans la conduite de leurs Etats après un demi-siècle d’échecs, ne se précipite, comme vous le dites, qu’à copier servilement et aveuglement les modèles occidentaux ?
Pourquoi et comment depuis le temps que vous en parlez, il n’y ait eu ni engouement intellectuel de cette élite dans ce sens ni avancées législatives et administratives significatives sur le terrain (politique) ?
C’est pourtant, selon moi, à partir de cette réponse au « pourquoi et comment » face à notre statu quo sinon notre recul que toute solution peut s’envisager concrètement…



kolomabele [babeha1@yahoo.fr] 22/04/2017 23:17:50
Nous étions colonisés parce que nous sommes colonisables, disait le philosophe camérounais Eboussi-Boulaga. On nous manipule parce que nous sommes manipulables. Depuis les indépendances africaines, le Congo détient le triste record des conflits armés. Ceux-ci sont conçus par l’étranger qui le donne clé en main au Congolais. Pour le pouvoir, l’homme congolais peut vendre père et mère. Avant de demander à la terre entière de se rouler par terre pour pleurer nos morts, victimes de la barbarie humaine, nous devrions d’abord le faire nous-mêmes. Or nous ne le faisons pas, en tout cas, pas assez. Quand un Congolais de Budjala parle des morts de Beni, ou quand celui Bondo s’exprime sur les victimes de Dibundu dia Kongo, ils le font comme si ces crimes étaient commis au Pakistan ou en Nouvelle-Zélande, et non dans son pays. L’indifférence qu’affichent l’élite politique et intellecuelle du Kasai face aux tueries sauvages commises chez elles, est la même que celle des leurs compères de l’Est et du Katanga. Celles du Kongo Central ont eu le même comportement face au massacre de partisans de Ne Mwanda N’semi. En Occident, les victimes du terrorisme ont droit au deuil national. Au Congo, les millions des victimes sont inhumées dans les fosses communes dans l’indifférence générale. Le problème est dans notre tête. Les droits de l’homme, c’est pas dans notre culture. C’est pas un nouveau système conçu par nous et pour nous qui va nous changer.Selon moi, quoi.



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt23042017@hotmail.com] 23/04/2017 09:02:06
Cher compatriote Masudi,

Certes, de nombreux savants ont démontré que le processus de développement au Nord a besoin de la persistance du désordre et du sous-développement au Sud. Mais il suffit de bien observer le Sud pour se rendre compte que de nombreux Etats parviennent à bien tirer leur épingle du jeu. La mise en place d’un système politique permettant de contrôler et de sanctionner tant soit peu le pouvoir du président de la république pourrait permettre au Congo-Kinshasa de compter parmi ces Etats-là. Un exemple, dans le cadre des cinq chantiers de Joseph Kabila, notre pays a fait un deal avec la Chine pour la construction des infrastructures en échange de nos minerais. Mais aujourd’hui, ce n’est pas notre pays mais l’Ethiopie qui bénéficie d’une nouvelle ligne ferroviaire entre Addis Abeba et Djibouti, financée et construite par la Chine.
Je ne pense pas, comme vous le dites, que la nécessité d’une bonne architecture institutionnelle (une bonne disposition des choses) était une option possible vers la fin du régime de Mobutu et durant le CNS, mais qu’elle est devenue une impossibilité logique maintenant qu’il est difficile d’imaginer ce que les occupants veulent faire de la RDC. Prenez le cas des pourparlers facilités par la CENCO ou des discours de tous nos hommes politiques depuis les élections de 2006. Avez-vous entendu un seul homme ou un seul parti politique remettre en cause le système politique issu de Sun City et qui était déjà retenu par la CNS ? Non. Pour qu’il y ait un nouveau système politique, il faut d’abord prendre conscience que le système actuel ne permet pas de contrôler et de sanctionner le pouvoir du président de la république. Vous arlez des occupants? Je te l’accorde. Mais notre système politique est le même qu’au Congo-Brazzaville, au Rwanda, en Ouganda, pour ne citer que ces pays-là où il produit les mêmes effets. Me direz-vous qu’ils sont aussi occupés par des étrangers ?



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt23042017@hotmail.com] 23/04/2017 09:03:45
Jo Bongos,

Oui, face aux massacres qui se déroulent au Kasaï, la banalisation de la lâcheté, surtout dans le chef des députés de cette région est plus que révoltante. Mais pensez-vous qu’il en serait ainsi si, au lieu d’être construite sur les partis politiques et la conflictualité, notre système politique était basé sur nos régions dans un esprit consensualiste ?



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 24/04/2017 08:10:32
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Déjà, au Congo, les partis politiques n’existent pas. Ce sont, comme vous le pensez justement, des ‘’ligablos’’. Ce ne sont donc pas ces derniers qui posent problème. Ce sont leurs propriétaires ou gestionnaires qui -par inculture et cupidité, confèrent au président sa toute puissance.
Je suis de plus en plus convaincu qu’il faut absolument un système qui permette de contrôler et de sanctionner le pouvoir du président dans les républiquettes africaines. C’est la toute puissance conférée à ce dernier qui pourrit la gestion de la res publica. Avec son armée d’esclaves consentant et prêt à tout pour bénéficier de ses largesses. Vous avez raison. L’Afrique ne s’en sortira pas si ces messieurs, généralement incompétents et très peu cultivés, continuent à se prendre pour des dieux.

Quand vous écrivez : ‘… notre système politique était basé sur nos régions dans un esprit consensualiste’’, êtes-vous en train de prôner une balkanisation par régions ?

Je sais par vos écrits que votre pensée propose plutôt une architecture politique fondée sur une meilleure organisation politique au niveau des régions conduisant à une meilleure ossature des institutions de la nation : des élus régionaux par consensus, meilleure représentativité régionale dans la distribution de postes de président de la république, du parlement et du sénat… suite à l’ordre d’arrivée à l’élection présidentielle ; contrôle effective des animateurs des institutions, etc…

Depuis, je m’interroge sur comment mettre en place ce système. Comment par exemple, en parlant du Congo, pousser la CENCO et ses partenaires à inclure cette réflexion dans leur agenda. Comment fait-on ?

Je reste circonspect devant toute idée d’éclatement du pays par régions. Je ne suis pas certain que dans une même région, le consensus soit acquis par défaut et s’érige en protecteur contre toute source de conflit. Philosophiquement, je suis plus unioniste que régionaliste. Je crois que face aux défis du monde, les pays africains ont tout intérêt à prôner une forte centralisation des efforts, des solidarités qu’une dispersion des ambitions. Je crois qu’on est plus fort ensemble que chacun dans son coin.



MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO [mbtt24042017@hotmail.com] 24/04/2017 17:24:26
Jo Bongos,
Je crains de n’avoir pas été compris quand vous pensez que je prône du « chacun dans son coin » ou l’éclatement du pays par régions. Les régions sont une réalité. Elles existent toujours puisque tout Etat est divisé en provinces, etc. Depuis les indépendances, cette réalité est instrumentalisée pour nous vendre l’illusion de l’unité nationale pendant que des individus issus d’une même région ou ethnie prennent en otage les instruments de souveraineté de tout un peuple. Suivant l’illusion de l’unité nationale, quand Joseph Kabila nomme Kin Kiey Mulumba, par exemple, au poste de ministre, les Bambala ou les gens du Kwilu se sentent représentés au pouvoir national. Mais en réalité, Kin Kiey Mulumba ne représente ainsi que Joseph Kabila et lui-même. Au lieu de continuer à nous satisfaire de l’illusion, je propose que les régions soient élevées au rang d’institutions politiques qui, à travers leurs élus, choisissent elles-mêmes leurs représentants au pouvoir national, dans un esprit de partage équitable du pouvoir national. Loin de l’éclatement auquel vous pensez, il s’agit ici de passer de l’illusion à la réalité de l’unité nationale. Il s’agit ici d’une stratégie qui vise à combattre efficacement le clientélisme politique et qui permet de contrôler enfin le pouvoir du président de la république. Il ne s’agit ni du fédéralisme, ni de l’unitarisme. Car dans ces deux systèmes, l’Afrique l’a déjà suffisamment démontré, le clientélisme politique et la difficulté voire l’impossibilité de contrôler le pouvoir du président de la république restent d’actualité.



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt24042017@hotmail.com] 24/04/2017 17:35:56
Autre remarque, Jo Bongos. Si le problème réside au niveau des propriétaires ou gestionnaires des « ligablos », parce que, comme vous le dites, par leur inculture et cupidité, ils confèrent au président sa toute puissance, comment comptez-vous le régler ? Comment allez-vous combattre leur inculture et leur cupidité ? Quand on pose un diagnostic, il faut bien trouver le remède, n’est-ce pas ? C’est le remède que j’ai toujours attendu de tous ceux qui soutiennent votre thèse. Je suis certain qu’en y réfléchissant et en mettant vos idées par écrit à travers un article, par exemple, vous vous rendrez vite compte que ce diagnostic n’est pas bon.


 

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