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21 Avril 2017

Pourquoi assiste-t-on Ă  une banalisation des fosses communes depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de l’AFDL ?

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

“Pourquoi assiste-t-on Ă  une banalisation des fosses communes depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de l’AFDL (Alliance des forces dĂ©mocratiques pour la libĂ©ration du Congo-ZaĂŻre) en 1997” ? La question est posĂ©e par NoĂ«l Tshiani Muadiamvita, “candidat dĂ©clarĂ© Ă  la prochaine Ă©lection prĂ©sidentielle”, dans un “communiquĂ© publiĂ© jeudi 19 avril depuis Washington”. Tshiani estime Ă  juste titre qu’au chapitre des massacres du KasaĂŻ, “la responsabilitĂ© de Joseph Kabila est clairement engagĂ©e, en sa double qualitĂ© de chef de l’Etat en exercice et de commandant suprĂȘme de l’armĂ©e et de la police”. Aussi demande-t-il Ă  ce dernier de dĂ©missionner “pendant l’enquĂȘte qui devra ĂȘtre menĂ©e par la CPI”.

CIC qui relaye le communiquĂ© de Tshiani dans un article publiĂ© le 20 avril met Ă©galement en lumiĂšre un autre communiquĂ©, celui publiĂ© le mĂȘme 19 avril par le Haut-commissaire de l’ONU pour les droits de l’Homme. Celui-ci “menace de saisir la Cour pĂ©nale internationale dans le cas oĂč les autoritĂ©s congolaises persisteraient Ă  ne pas ouvrir d’enquĂȘte”. Et le RĂ©dacteur en chef de CIC, Baudouin Amba Wetshi, de se poser cette question : “NoĂ«l Tshiani et le Haut-commissaire aux Droits de l’Homme seront-ils entendus par le Bureau du procureur prĂšs la CPI ? On peut en douter
”.

Dans cet article, nous ne refusons de laisser en souffrance la question de Tshiani et le doute exprimĂ© par Amba en guise de rĂ©ponse Ă  sa propre question. Pour rĂ©pondre Ă  la question de Tshiani, il convient de noter que plusieurs guerres civiles en Afrique ne sont pas menĂ©es par les Africains qui envahissent les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision et se bombent le torse en apparaissant comme des Rambo ou des redresseurs des torts face Ă  des pouvoirs honnis. Souvent, ces Africains ne sont que des marionnettes ayant certes quelques latitudes de manƓuvre en tant qu’ĂȘtres humains. Mais les puissances occidentales, les Etats-Unis en tĂȘte, restent encore et toujours les marionnettistes cachĂ©s derriĂšre un rempart de mensonges.

L’expĂ©rience l’a suffisamment dĂ©montrĂ©, les mĂ©dias dominants ainsi que les grands de ce monde font une grande diffĂ©rence entre les crimes. Il existe de bons et de mauvais crimes. Les bons crimes sont ceux commis au nom du droit de la force des puissances occidentales Ă  mettre Ă  genou les bidonvilles planĂ©taires tandis que les mauvais crimes sont ceux qui ne rentrent pas dans cette catĂ©gorie. Notons que cela n’empĂȘche que des exceptions viennent de temps en temps confirmer cette rĂšgle gĂ©nĂ©rale.

La rĂ©bellion-invasion de l’AFDL n’était pas l’expression de la volontĂ© politique du Rwanda, de l’Ouganda et de Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila. Elle traduisait avant tout la volontĂ© politique des Etats-Unis de se dĂ©barrasser d’un Mobutu qu’ils avaient placĂ© au pouvoir en 1965, mais devenu encombrant aprĂšs trente-deux annĂ©es de rĂšgne sans partage sur le plan interne. Le Rwanda, l’Ouganda et Laurent-DĂ©sirĂ© Kabila, qui avaient certes greffĂ© leurs petits agendas respectifs Ă  l’agenda du plus grand gendarme du monde, n’étaient que des marionnettes dans les mains de ce dernier. Dans ce contexte, leurs crimes sur le sol congolais Ă©taient d’avance Ă©tiquetĂ©s bons crimes. Et les bons crimes ont la particularitĂ© d’ĂȘtre banalisĂ©s et de rester impunis Ă  moins qu’un grain de sable ne vienne s’introduire dans le mĂ©canisme bien huilĂ© de l’indignation sĂ©lective, jeu auquel les puissances occidentales excellent.

On nous rĂ©torquera sans doute que la banalisation des fosses communes au Congo-Kinshasa se poursuit de nos jours, c’est-Ă -dire bien aprĂšs la prise du pouvoir par l’AFDL et surtout la tenue des Ă©lections dites dĂ©mocratiques de 2006 et 2011. Quel serait alors l’intĂ©rĂȘt des puissances occidentales quand on sait que celles-ci se montrent aujourd’hui trĂšs critiques vis-Ă -vis de la volontĂ© et de la dĂ©termination de Joseph Kabila Ă  s’octroyer une prĂ©sidence Ă  vie ? Poser cette question, c’est rĂ©pondre Ă  celle de Baudouin Amba Wetshi ou comprendre son doute Ă  voir le Bureau du procureur prĂšs la CPI entendre les appels de NoĂ«l Tshiani et du Haut-commissaire aux Droits de l’Homme au point de diligenter une enquĂȘte sur les massacres du KasaĂŻ.

La dĂ©termination de Joseph Kabila Ă  se succĂ©der Ă  lui-mĂȘme en dĂ©pit de l’interdit constitutionnel et les massacres qu’il ne cesse d’aligner pour concrĂ©tiser sa volontĂ© constituent une aubaine ou une vĂ©ritable mine d’or pour plusieurs milieux influents en Occident dans lesquels peuvent se retrouver des dirigeants apparemment respectables. Ces milieux sont mieux renseignĂ©s que les Congolais. Ils savent que Joseph Kabila et sa fratrie se sont enrichis comme jamais dirigeant congolais et les membres de sa famille ne se seront enrichis. Le face-Ă -face entre l’immensitĂ© des crimes contre l’humanitĂ© commis par Joseph Kabila et son immense trĂ©sor de guerre accumulĂ© sur le dos du peuple attire des lobbyistes occidentaux qui vont s’enrichir en banalisant les fosses communes
 jusqu’à ce qu’un grain de sable vienne un jour gĂącher la fĂȘte.

Des intĂ©rĂȘts Ă©goĂŻstes en Occident expliquent la banalisation des fosses communes au Congo-Kinshasa depuis l’arrivĂ©e au pouvoir de l’AFDL. Ils expliquent le silence du Bureau du procureur prĂšs la CPI pendant que la MONUSCO dĂ©couvre des fosses communes dans lesquelles l’armĂ©e nationale congolaise, qui est censĂ©e protĂ©ger les Congolais, jette des cadavres de Congolais qu’elle aura massacrĂ©s. Mais cela ne dĂ©douane pas les Congolais de leur responsabilitĂ© devant l’Histoire. D’abord parce qu’organisĂ©s, ils peuvent introduire des grains de sable pour enrayer la machine de l’indignation sĂ©lective si chĂšre Ă  l’Occident chrĂ©tien et humaniste, en s’appuyant, s’il le faut, sur les forces progressistes qui sont lĂ©gion en Occident mĂȘme. Ensuite, si aujourd’hui Joseph Kabila dispose de tout un trĂ©sor de guerre lui permettant d’acheter des consciences Ă  travers le monde ; si l’armĂ©e nationale congolaise est au service d’un individu et non de toute la nation, c‘est parce que les Ă©lites congolaises ont mis en place un systĂšme politique dit dĂ©mocratique, mais qui, dans les faits, ne permet aucun contrĂŽle dĂ©mocratique sur le pouvoir du prĂ©sident de la rĂ©publique.

On peut aborder la tragĂ©die congolaise Ă  partir de n’importe angle, on finit toujours par se retrouver en face du pĂ©chĂ© capital, Ă  savoir l’existence d’un jeu politique dans lequel, la mauvaise disposition des choses aidant, la fonction d’édiction des rĂšgles gĂ©nĂ©rales (fonction lĂ©gislative), la fonction d’exĂ©cution de ces rĂšgles (fonction exĂ©cutive) et la fonction de rĂšglement des litiges (fonction juridictionnelle) sont, dans les faits, confondues et dĂ©tenues par une seule et mĂȘme personne Ă  travers le phĂ©nomĂšne clientĂ©liste. Comme dans une monarchie absolue. Pourtant, pour qu’elle soit effective, la thĂ©orie de la sĂ©paration des pouvoirs, Ă©laborĂ©e par Locke (1632-1704) et Montesquieu (1689-1755), vise Ă  sĂ©parer les diffĂ©rentes fonctions de l’Etat, afin de limiter l’arbitraire et d’empĂȘcher les abus liĂ©s Ă  l’exercice des missions souveraines. Pour atteindre cet objectif noble, la thĂ©orie de sĂ©paration des pouvoirs plaide non pas pour l’existence des plusieurs partis politiques ou de tout autre artifice du modĂšle Westminster de la dĂ©mocratie. Elle plaide pour une et une seule chose. Chacune des trois fonctions ci-dessus doit ĂȘtre exercĂ©e par des organes distincts, indĂ©pendants les uns des autres, non pas par leurs dĂ©nominations, mais par leur mode de dĂ©signation et leur fonctionnement.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
© Congoindépendant 2003-2017

 

10 Réactions

Masudi Uchudi [Mlu1@cornell.edu] 22/04/2017 12:50:30
Cher compatriote Mayoyo,

Votre article est intĂ©ressant ĂĄ plusieurs titres. Il montre le jeu malsain auquel s’adonnent les forces occultes du systĂšme international qui cherchent ĂĄ controler et ĂĄ dominer l’ensemble du monde. Tout est controlĂ© par ces forces qui agissent dans l’ombre.

Nous vivons dans un monde qui est manipulĂ© chaque jour du matin au soir par les forces du systĂšme international. A travers la manipulation des hommes politiques et des mĂ©dias dans les pays “riches.” L’objectif est d’assurer le respect des interĂȘts des pays riches et des droits de leurs populations. Plusieurs mĂ©canismes sont utilisĂ©s pour rĂ©aliser cet objectif. Les Ă©crits de Samir Amin et de plusieurs ecrivains Latino-Americains (e.g., Dr. Furtado) ont rĂ©ussi ĂĄ montrer que le processus du dĂ©velopment dans les pays dits "riches" est assis sur la persistence du sous-dĂ©veloppement dans les pays dits "pauvres" ou "en voie de developpement."

Le processus d’indignation selective est un autre mĂ©canisme. Les hommes politiques et les mĂ©dias sont guidĂ©s par ce mĂ©canisme. C’est pour cette raison que tous les crimes ne sont pas traitĂ©s de la mĂȘme maniĂšre. C’est pour cette raison que certains crimes (e.g. le meurtre de deux agents de l’ONU et les fosses communes dans le Kasai) sont banalisĂ©s.

A mon avis, il y a nĂ©cessitĂ© ĂĄ ce que les forces progressistes du Nord et du Sud se mettent ensemble pour combattre les mĂ©canismes immoraux mis en place par les forces occultes du systĂšme international. Il me semble que l’hypothĂšse formulĂ©e par Samir Amin est toujours d’actualitĂ©: Le processus de dĂ©veloppement au Nord a besoin de la persistence du dĂ©sordre et du sous-developpement au Sud. Les chercheurs devraient nous Ă©clairer.

Il y a immoralitĂ© et un mauvais exemple pour les jeunes lorsque tous les crimes ne sont pas traites de la meme maniere. Il y a immoralitĂ© et choc a la conscience humaine lorsqu’on se rend compte que le comportement des hommes politiques et des mĂ©dias dans les pays avancĂ©s est guidĂ© par le mĂ©canisme d’indignation selective. Il y a immoralitĂ© et risque d’emergence des groupes hostiles envers les interĂȘts des pays riches si on ne s’efforce pas ĂĄ faire disparaitre les mĂ©canismes injustes.

Le cas de la RDC est une illustration du caractĂšre malsain des mĂ©canismes utilisĂ©s par les forces occultes du systĂšme international. N’oublions qu’aprĂšs le controle exercĂ© sur le Congo par les crĂ©anciers du roi Leopold II, il y a le conrtole qui est exercĂ© sur le mĂȘme pays par les fils et petits-fils des crĂ©ancies de Leopold II. C’est eux et leurs alliĂ©s qui sont les commanditaires et les autres parties prenantes sont les exĂ©cutants.

Ce que vous avez Ă©crit concernant la necessitĂ© d’une bonne architecture institutionnelle (une bonne disposition des choses) Ă©tait une option possible vers la fin du regime de Mobutu. Durant le CNS. Cela est devenu une impossibilitĂ© logique maintenant qu’il est difficile d’imaginer ce que les occupants veulent faire de la RDC.

Bien cordialement, Masudi Uchudi




Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 22/04/2017 14:39:00
Cher Mayoyo,

A mon avis, ces fosses communes font partie d’une stratĂ©gie de terreur Ă  l’encontre des populations congolaises. C’est pour marquer les esprits. Terroriser l’inconscient collectif congolais. Les mercenaires Ă©trangers qui dirigent le Congo n’ont aucune considĂ©ration de la vie humaine. Encore moins de celle d’un congolais. Ils arrivent Ă  le faire parce que le peuple congolais, lĂąchĂ© par ses Ă©lites corrompues et mĂ©diocres, est Ă  genoux. Comment en serait-il autrement ?

Tenez, regardez ces élus du Kasaï, par exemple, qui voient leurs propres familles décimées par des barbares et qui continuent à se soûler à Kinshasa. Sans rien dire. De peur de perdre quelques privilÚges. Comment qualifier une telle banalisation de lùcheté ?

La banalisation de la lùcheté conduit à une banalisation des fosses communes.



Nono [no2.bay@orange.fr] 22/04/2017 17:25:53
Bien cher Mayoyo,

Largement d’accord avec vous sur les responsabilitĂ©s Ă©largies aux puissances occidentales dans nos « fosses communes » Ă  travers les pays faibles dominĂ©s et exploitĂ©s mais mĂ©fions-nous quand mĂȘme d’oublier que le pire de l’homme, oĂč qu’il se trouve et Ă  quelque Ă©poque il vit, peut sortir mĂȘme quand on l’attend le moins : souvent il ne suffit que des forte passions prĂ©sentes souvent au coin des divers « pouvoirs » pour que son comportement bascule de tout au tout, devient bestial, mĂȘme gĂ©nocidaire
 Les guerres entre Etats ou civiles, passĂ©es, prĂ©sentes (et Ă  venir) le dĂ©montrent assez partout sur cette planĂšte

Certes les diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s qui composent l’espace Congolais ont plutĂŽt une tradition de respect de la mort (mĂȘme si ses dirigeants n’ont pas toujours eu un Ă©gard consĂ©quent pour la « vie humaine »), elles ont aussi moins l’expĂ©rience de morts massives subies dans des catastrophes collectives dont elles aient la mĂ©moire fraĂźche comme le gĂ©nocide rwandais d’oĂč vient en partie cette banalisation de la mort en raison de l’horrible sinistre qui a vu les voisins s’entre-dĂ©cimer entre eux

Certes beaucoup des crimes qui s’abattent sur les Africains se greffent sur les agendas des Ă©trangers puissants mais n’oublions pas l’importance capitale de leurs marionnettes locales et au-delĂ  des Africains eux-mĂȘmes au moins dans l’incessante rĂ©pĂ©tition des tragĂ©dies que nous vivons depuis un demi-siĂšcle de souverainetĂ©(?)


J’avais jadis lu une Ă©tude sur les « Nuer » du Sud-Soudan (E. Evans-Pritchard) et Ă©tais littĂ©ralement secouĂ© par leur « coutume institutionnalisĂ©e » de « vendettas et razzias » dĂ©jĂ  au sein mĂȘme de la « tribu » et surtout envers leurs voisins les « Dinka » ! Si les Occidentaux AmĂ©ricains en tĂȘte ont pour des raisons gĂ©ostratĂ©giques et Ă©conomiques dĂ©membrĂ© l’ancien Soudan et poussĂ© Ă  la crĂ©ation d’un Etat souverain au Sud, il est quasi Ă©vident que ce qui s’y passe aujourd’hui a aussi la mĂ©moire de cet antagonisme traditionnel

Bref l’Afrique est diverse, les catastrophes qu’elle subit n’ont pas toujours complĂštement un commanditaire occidental, ainsi Ă  nous attarder Ă  la condamnation principale des puissances occidentales peut nous amener Ă  nĂ©gliger la part indispensable qui tient Ă  nos propres responsabilitĂ©s, nos culpabilitĂ©s dans nos « fosses communes » au Sud-Soudan bien sĂ»r mais aussi au Congo : les marionnettistes ont aussi besoin des marionnettes qui leur obĂ©issent, Ă  nous de nous donner les moyens de leur faire faux bon ; dans tous les cas personne d’autre ne le fera Ă  notre place !

Ailleurs, permettez une fois de plus, cher Mayoyo, de vous faire part de mon Ă©tonnement continuel selon lequel votre savante contribution Ă  la solution de nos errements n’accorde pas assez, Ă  mon point de vue, la prioritĂ© pourtant capitale dans la dĂ©marche Ă  leur « pourquoi et comment » 
Pourquoi et comment se fait-il que l’élite politique et intellectuelle africaine ne se prĂ©occupe pas autant des solutions nouvelles dans la conduite de leurs Etats aprĂšs un demi-siĂšcle d’échecs, ne se prĂ©cipite, comme vous le dites, qu’à copier servilement et aveuglement les modĂšles occidentaux ?
Pourquoi et comment depuis le temps que vous en parlez, il n’y ait eu ni engouement intellectuel de cette Ă©lite dans ce sens ni avancĂ©es lĂ©gislatives et administratives significatives sur le terrain (politique) ?
C’est pourtant, selon moi, Ă  partir de cette rĂ©ponse au « pourquoi et comment » face Ă  notre statu quo sinon notre recul que toute solution peut s’envisager concrĂštement




kolomabele [babeha1@yahoo.fr] 22/04/2017 23:17:50
Nous Ă©tions colonisĂ©s parce que nous sommes colonisables, disait le philosophe camĂ©rounais Eboussi-Boulaga. On nous manipule parce que nous sommes manipulables. Depuis les indĂ©pendances africaines, le Congo dĂ©tient le triste record des conflits armĂ©s. Ceux-ci sont conçus par l’étranger qui le donne clĂ© en main au Congolais. Pour le pouvoir, l’homme congolais peut vendre pĂšre et mĂšre. Avant de demander Ă  la terre entiĂšre de se rouler par terre pour pleurer nos morts, victimes de la barbarie humaine, nous devrions d’abord le faire nous-mĂȘmes. Or nous ne le faisons pas, en tout cas, pas assez. Quand un Congolais de Budjala parle des morts de Beni, ou quand celui Bondo s’exprime sur les victimes de Dibundu dia Kongo, ils le font comme si ces crimes Ă©taient commis au Pakistan ou en Nouvelle-ZĂ©lande, et non dans son pays. L’indiffĂ©rence qu’affichent l’élite politique et intellecuelle du Kasai face aux tueries sauvages commises chez elles, est la mĂȘme que celle des leurs compĂšres de l’Est et du Katanga. Celles du Kongo Central ont eu le mĂȘme comportement face au massacre de partisans de Ne Mwanda N’semi. En Occident, les victimes du terrorisme ont droit au deuil national. Au Congo, les millions des victimes sont inhumĂ©es dans les fosses communes dans l’indiffĂ©rence gĂ©nĂ©rale. Le problĂšme est dans notre tĂȘte. Les droits de l’homme, c’est pas dans notre culture. C’est pas un nouveau systĂšme conçu par nous et pour nous qui va nous changer.Selon moi, quoi.



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt23042017@hotmail.com] 23/04/2017 09:02:06
Cher compatriote Masudi,

Certes, de nombreux savants ont dĂ©montrĂ© que le processus de dĂ©veloppement au Nord a besoin de la persistance du dĂ©sordre et du sous-dĂ©veloppement au Sud. Mais il suffit de bien observer le Sud pour se rendre compte que de nombreux Etats parviennent Ă  bien tirer leur Ă©pingle du jeu. La mise en place d’un systĂšme politique permettant de contrĂŽler et de sanctionner tant soit peu le pouvoir du prĂ©sident de la rĂ©publique pourrait permettre au Congo-Kinshasa de compter parmi ces Etats-lĂ . Un exemple, dans le cadre des cinq chantiers de Joseph Kabila, notre pays a fait un deal avec la Chine pour la construction des infrastructures en Ă©change de nos minerais. Mais aujourd’hui, ce n’est pas notre pays mais l’Ethiopie qui bĂ©nĂ©ficie d’une nouvelle ligne ferroviaire entre Addis Abeba et Djibouti, financĂ©e et construite par la Chine.
Je ne pense pas, comme vous le dites, que la nĂ©cessitĂ© d’une bonne architecture institutionnelle (une bonne disposition des choses) Ă©tait une option possible vers la fin du rĂ©gime de Mobutu et durant le CNS, mais qu’elle est devenue une impossibilitĂ© logique maintenant qu’il est difficile d’imaginer ce que les occupants veulent faire de la RDC. Prenez le cas des pourparlers facilitĂ©s par la CENCO ou des discours de tous nos hommes politiques depuis les Ă©lections de 2006. Avez-vous entendu un seul homme ou un seul parti politique remettre en cause le systĂšme politique issu de Sun City et qui Ă©tait dĂ©jĂ  retenu par la CNS ? Non. Pour qu’il y ait un nouveau systĂšme politique, il faut d’abord prendre conscience que le systĂšme actuel ne permet pas de contrĂŽler et de sanctionner le pouvoir du prĂ©sident de la rĂ©publique. Vous arlez des occupants? Je te l’accorde. Mais notre systĂšme politique est le mĂȘme qu’au Congo-Brazzaville, au Rwanda, en Ouganda, pour ne citer que ces pays-lĂ  oĂč il produit les mĂȘmes effets. Me direz-vous qu’ils sont aussi occupĂ©s par des Ă©trangers ?



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt23042017@hotmail.com] 23/04/2017 09:03:45
Jo Bongos,

Oui, face aux massacres qui se dĂ©roulent au KasaĂŻ, la banalisation de la lĂąchetĂ©, surtout dans le chef des dĂ©putĂ©s de cette rĂ©gion est plus que rĂ©voltante. Mais pensez-vous qu’il en serait ainsi si, au lieu d’ĂȘtre construite sur les partis politiques et la conflictualitĂ©, notre systĂšme politique Ă©tait basĂ© sur nos rĂ©gions dans un esprit consensualiste ?



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 24/04/2017 08:10:32
Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

DĂ©jĂ , au Congo, les partis politiques n’existent pas. Ce sont, comme vous le pensez justement, des ‘’ligablos’’. Ce ne sont donc pas ces derniers qui posent problĂšme. Ce sont leurs propriĂ©taires ou gestionnaires qui -par inculture et cupiditĂ©, confĂšrent au prĂ©sident sa toute puissance.
Je suis de plus en plus convaincu qu’il faut absolument un systĂšme qui permette de contrĂŽler et de sanctionner le pouvoir du prĂ©sident dans les rĂ©publiquettes africaines. C’est la toute puissance confĂ©rĂ©e Ă  ce dernier qui pourrit la gestion de la res publica. Avec son armĂ©e d’esclaves consentant et prĂȘt Ă  tout pour bĂ©nĂ©ficier de ses largesses. Vous avez raison. L’Afrique ne s’en sortira pas si ces messieurs, gĂ©nĂ©ralement incompĂ©tents et trĂšs peu cultivĂ©s, continuent Ă  se prendre pour des dieux.

Quand vous Ă©crivez : ‘
 notre systĂšme politique Ă©tait basĂ© sur nos rĂ©gions dans un esprit consensualiste’’, ĂȘtes-vous en train de prĂŽner une balkanisation par rĂ©gions ?

Je sais par vos Ă©crits que votre pensĂ©e propose plutĂŽt une architecture politique fondĂ©e sur une meilleure organisation politique au niveau des rĂ©gions conduisant Ă  une meilleure ossature des institutions de la nation : des Ă©lus rĂ©gionaux par consensus, meilleure reprĂ©sentativitĂ© rĂ©gionale dans la distribution de postes de prĂ©sident de la rĂ©publique, du parlement et du sĂ©nat
 suite Ă  l’ordre d’arrivĂ©e Ă  l’élection prĂ©sidentielle ; contrĂŽle effective des animateurs des institutions, etc


Depuis, je m’interroge sur comment mettre en place ce systĂšme. Comment par exemple, en parlant du Congo, pousser la CENCO et ses partenaires Ă  inclure cette rĂ©flexion dans leur agenda. Comment fait-on ?

Je reste circonspect devant toute idĂ©e d’éclatement du pays par rĂ©gions. Je ne suis pas certain que dans une mĂȘme rĂ©gion, le consensus soit acquis par dĂ©faut et s’érige en protecteur contre toute source de conflit. Philosophiquement, je suis plus unioniste que rĂ©gionaliste. Je crois que face aux dĂ©fis du monde, les pays africains ont tout intĂ©rĂȘt Ă  prĂŽner une forte centralisation des efforts, des solidaritĂ©s qu’une dispersion des ambitions. Je crois qu’on est plus fort ensemble que chacun dans son coin.



MAYOYO BITUMBA TIPO-TIPO [mbtt24042017@hotmail.com] 24/04/2017 17:24:26
Jo Bongos,
Je crains de n’avoir pas Ă©tĂ© compris quand vous pensez que je prĂŽne du « chacun dans son coin » ou l’éclatement du pays par rĂ©gions. Les rĂ©gions sont une rĂ©alitĂ©. Elles existent toujours puisque tout Etat est divisĂ© en provinces, etc. Depuis les indĂ©pendances, cette rĂ©alitĂ© est instrumentalisĂ©e pour nous vendre l’illusion de l’unitĂ© nationale pendant que des individus issus d’une mĂȘme rĂ©gion ou ethnie prennent en otage les instruments de souverainetĂ© de tout un peuple. Suivant l’illusion de l’unitĂ© nationale, quand Joseph Kabila nomme Kin Kiey Mulumba, par exemple, au poste de ministre, les Bambala ou les gens du Kwilu se sentent reprĂ©sentĂ©s au pouvoir national. Mais en rĂ©alitĂ©, Kin Kiey Mulumba ne reprĂ©sente ainsi que Joseph Kabila et lui-mĂȘme. Au lieu de continuer Ă  nous satisfaire de l’illusion, je propose que les rĂ©gions soient Ă©levĂ©es au rang d’institutions politiques qui, Ă  travers leurs Ă©lus, choisissent elles-mĂȘmes leurs reprĂ©sentants au pouvoir national, dans un esprit de partage Ă©quitable du pouvoir national. Loin de l’éclatement auquel vous pensez, il s’agit ici de passer de l’illusion Ă  la rĂ©alitĂ© de l’unitĂ© nationale. Il s’agit ici d’une stratĂ©gie qui vise Ă  combattre efficacement le clientĂ©lisme politique et qui permet de contrĂŽler enfin le pouvoir du prĂ©sident de la rĂ©publique. Il ne s’agit ni du fĂ©dĂ©ralisme, ni de l’unitarisme. Car dans ces deux systĂšmes, l’Afrique l’a dĂ©jĂ  suffisamment dĂ©montrĂ©, le clientĂ©lisme politique et la difficultĂ© voire l’impossibilitĂ© de contrĂŽler le pouvoir du prĂ©sident de la rĂ©publique restent d’actualitĂ©.



Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo [mbtt24042017@hotmail.com] 24/04/2017 17:35:56
Autre remarque, Jo Bongos. Si le problĂšme rĂ©side au niveau des propriĂ©taires ou gestionnaires des « ligablos », parce que, comme vous le dites, par leur inculture et cupiditĂ©, ils confĂšrent au prĂ©sident sa toute puissance, comment comptez-vous le rĂ©gler ? Comment allez-vous combattre leur inculture et leur cupiditĂ© ? Quand on pose un diagnostic, il faut bien trouver le remĂšde, n’est-ce pas ? C’est le remĂšde que j’ai toujours attendu de tous ceux qui soutiennent votre thĂšse. Je suis certain qu’en y rĂ©flĂ©chissant et en mettant vos idĂ©es par Ă©crit Ă  travers un article, par exemple, vous vous rendrez vite compte que ce diagnostic n’est pas bon.



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 25/04/2017 10:32:05
Cher Mayoyo,

je n’ai aucun doute sur la pertinence de votre modĂšle. Par contre, dites-moi, quand les rĂ©gions vont choisir leurs reprĂ©sentants au pouvoir national, Ă  travers leur Ă©lus, comment vont-elles faire ? Ne vont-elles pas organiser des Ă©lections locales ? Alors, qui va donc choisir ceux qui vont choisir les reprĂ©sentants de la rĂ©gion au national ? N’est-ce pas le mĂȘme Ă©lectorat rĂ©gional qui a envoyĂ© les Ă©lus des diffĂ©rentes rĂ©gions au pouvoir national de Ngoy Mulunda ? Qu’est-ce qui peut nous garantir que ces Ă©lus ne seront pas manipulables ou porteurs d’agendas personnels, loin des masques du clientĂ©lisme politiques ? Je ne sais pas.

Illusion de l’unitĂ© nationale ? Peut-ĂȘtre, mais force est de constater que celle-ci n’empĂȘche pas des nations d’exister. Prenez : l’amĂ©ricain qui vit au milieu de nul part au Minnesota n’a certainement rien Ă  partager avec l’amĂ©ricain qui vit Ă  Soho Ă  New-York. Pourtant, les deux amĂ©ricains partagent une mĂȘme passion : l’AmĂ©rique. Le breton et le marseillais partagent une mĂȘme passion pour la France. Alors qu’ils sont diffĂ©rents. La rĂ©alitĂ© de l’unitĂ© nationale s’exprime dans un document qui s’appelle Constitution. Quand elle est respectĂ©e. Je ne connais aucune constitution d’un pays dans le monde qui invite le prĂ©sident Ă  se comporter en dieu. Y a-t-il un texte constitutionnel congolais qui met le prĂ©sident hors de tout contrĂŽle ? Non. La constitution a mĂȘme prĂ©vu un article sur ce qui convient de faire au cas oĂč quiconque oserait s’emparer du pouvoir par la force. J’ai la faiblesse de penser qu’aucun systĂšme, parfait soit-il, puisse fonctionner sans la contribution de ceux qui sont appelĂ©s Ă  l’exploiter. En attendant un gouvernement des robots programmĂ©s avec des logiciels savants en dĂ©mocratie, en gestion de la chose publique et surtout au respect des textes, il faudra bien continuer a faire confiance aux hommes et aux femmes qui se dĂ©vouent pour la politique. Et se permettre de croire, mĂȘme naĂŻvement s’il le faut, que tout n’est pas pourri.

Ceci dit, il n’est pas exclu d’abjurer toute rĂ©flexion proposant d’autres pistes d’organisation, comme la votre. Tout au contraire. Il faut encourager ces initiatives qui reflĂštent le gĂ©nie africain, congolais.

Plus concrĂštement, par exemple, pourquoi, Ă  l’aube d’un troisiĂšme dialogue inĂ©vitable au Congo, ne pas imposer cette rĂ©flexion Ă  la CENCO ? Par lettre ouverte, une pĂ©tition...


 

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