AccueilCharteQui sommes-nous?RédactionAidez votre journal
19 Mars 2017

Exécutions sommaires :

Les massacres du Kasaï Central : «Kabila» accuse des lampistes

 

Le général Joseph Ponde Isambwa, auditeur général de l’armée congolaise

Plus d’un mois après le tollé provoqué par des vidéos montrant des exécutions sommaires commises dans la province du Kasaï Central par des présumés soldats de l’armée congolaise (FARDC), il s’avère que les images querellées n’étaient nullement un «montage», encore moins une «fiction-simulation» comme l’avaient claironné respectivement Lambert Mende Omalanga, le ministre de la Communication, et son collègue en charge de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadari. Ces deux caciques de la mouvance kabiliste n’ont plus d’honneur à perdre. Ils sont connus tant pour leur outrecuidance que leur incapacité à peser le poids des mots. Au cours d’un point de presse qu’il a animé vendredi 18 mars, à Kinshasa, l’auditeur général des FARDC, le général Joseph Ponde Isambwa, a fait état de l’arrestation de sept suspects. Que cherche-t-on à dissimuler derrière cette opération de communication plutôt malhabile?

Selon l’auditeur général de l’armée congolaise, sept personnes se trouvent en détention préventive. Et ce dans le cadre de l’information judiciaire ouverte «en rapport avec la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux faisant état des tueries par des militaires en tenue des personnes se réclamant de la milice ‘Kamwina Nsapu’ à Mwanza-Lomba». Les sept individus seraient tous des militaires. Les uns ont participé à l’«expédition». Les autres ont été trouvés en possession de la vidéo dont l’émetteur serait un sergent-major.

Des lampistes

Il s’agit de : major Nyembo [Ndlr : sans prénom ni post-nom], commandant en second du bataillon PM, mais pour la circonstance, commandant des opérations; major Bitshunda Martin Pithou, commandant en second des Opérations ; capitaine Séraphin Pailimbio, commandant 2ème Compagnie bataillon PM, chef de la 1ère Section pendant les Opérations ; lieutenant Sila Vuvu Dodokolo, S4 Bataillon PM et fusilier pendant les opérations; Adjudant en chef Mohindo[Ndlr : sans prénom ni post-nom] ; sergent major Maneno [Ndlr : sans prénom ni post-nom] ; adjudant de 2ème classe Amani [Ndlr : sans prénom ni post-nom], fusilier de la 1ère Section ; sergent major Mameno Katembo alias Tonton Baobab, fusilier également de la 1ère Section et auteur de l’enregistrement vidéo.

Il est assez symptomatique de constater que les enquêteurs de l’auditorat général des FARDC n’aient pas été en mesure de donner l’identité complète d’au moins trois des suspects. Ceux-ci seraient pourtant sous les verrous.

Cette omission n’a pas empêché le magistrat Joseph Ponde d’annoncer que les «sept présumés auteurs de ces massacres» sont poursuivis du chef de refus de dénonciation d’une infraction commise par des justiciables de juridictions militaires, crimes de guerre par meurtre, crimes de guerre par mutilation et crime de guerre par traitements cruels inhumains et dégradants.

Autre incongruité. L’auditeur général reconnait que les corps des victimes seraient toujours enfouis dans deux fosses communes localisées dans la périphérie de Mwanza-Lomba. En clair, aucun médecin légiste n’a pu à ce jour examiner les dépouilles afin non seulement d’identifier les victimes mais surtout de cerner les causes du décès. Question : quel est l’élément matériel qui a permis au général Ponde de donner la qualification de «crime de guerre par meurtre» ou mutilation alors qu’il n’a jamais vu les cadavres ?

«Consommation extérieure»

La conférence de presse tenue samedi 18 mars par l’auditeur général de l’armée congolaise présente tous les contours d’une opération de communication précipitée, destinée à la consommation extérieure. On se trouve face à une opération «coupe-feu». Les sept suspects servent de fusibles.

On dénonce quelques lampistes alors qu’il est notoire que l’armée, la police et les services de renseignements civils et militaires relèvent directement de «Joseph Kabila». En personne. A ce titre, celui-ci ne peut ignorer ce genre d’action. Et ce en dépit du fait qu’il est écrit sur papier (l’article 91-4 de la Constitution) que « le gouvernement dispose de l’administration publique, les forces armées, de la police nationale et des services de sécurité.»

Le chef Kamwena Nsapu a été abattu au mois d’août 2016 au cours d’une « opération de police ». Il s’en est suivi des jacqueries notamment à Kananga, le chef-lieu de la province du Kasaï central. Des jacqueries attribuées à des prétendus miliciens qui se réclameraient de lui.

Dans une dépêche datée du 23 septembre, l’AFP cite un membre du cabinet du gouverneur du Kasaï Central qui a requis l’anonymat. Celui-ci soutient qu’ils ont «enregistré sept morts du côté de l’armée et 40 dans les rangs des assaillants, miliciens du chef Kamwena Nsapu ».

Interrogé à ce sujet, le ministre Mende n’y avait opposé aucun démenti. Bien au contraire. Il a semblé confirmer le bilan qui précède : «Le calme est revenu, peut-être à ce prix-là ». Mende a implicitement admis que la force publique avait occis 40 citoyens de ce pays en septembre dernier. Les faits remontent déjà à près de six mois. Aucune enquête n’a été diligentée.

Tueur aux mains propres

Dans une interview accordée à RFI en date du 20 février dernier, le chef de la diplomatie congolaise She Okitundu semblait justifier l’injustifiable à propos des événements sanglants survenus au Kasaï Central. «C’est vrai. Il y a un gros problème auquel on est confrontés, mais ces groupes politico-mystico-religieux constituent aujourd’hui un vrai danger. Il ne faudra pas que la République soit laxiste par rapport à ces groupes sinon ça va faire boule de neige.»

Au lendemain de la divulgation de la très controversée vidéo sur les réseaux sociaux, le ministre Lambert Mende Omalanga - qui a la réputation de parler plus vite que son ombre - a parlé de « montage ». Il s’est ravisé par la suite en expliquant que «les militaires avaient réagi contre des groupes terroristes » avant de reconnaître que des « abus et des excès » ont été commis. Et que des officiers seraient poursuivis. Comme à l’accoutumée, ce n’était que de l’enfumage. Le ministre de l’Intérieur Emmanuel Ramazani Shadari avait qualifié les faits dénoncés de « fiction, une simulation filmée par des militaires au cours de l’une des séances d’entrainement ». Qui croire ? Lambert Mende? Emmanuel Ramazani? L’auditeur général Joseph Ponde?

Une chose paraît sûre : c’est la pression exercée par la communauté internationale qui a incité le pouvoir kabiliste a précipité son pseudo-enquête. Le 7 mars dernier, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al-Hussein a demandé l’ouverture d’une enquête dans les provinces du Kasaï et de Lomami. La Belgique, la France et les Etats-Unis avaient formulé des demandes analogues.

A Kinshasa et à Lubumbashi, les diplomates en poste ne sont pas dupes. Ils savent que les questions sécuritaires relèvent de « Joseph Kabila » et de son « gouvernement parallèle ». Celui-ci est composé de sa fratrie et des personnalités telles que Kalev Mutondo (ANR), Azarias Ruberwa (président du RCD, l’ex-rébellion pro-rwandaise) et Didier Kazadi Nyembwe.

Ces diplomates savent également que «Kabila» est un tueur aux mains propres. L’homme a en horreur le dialogue. Il règle les différends politiques à coup de canon. Massacres des adeptes de Bundu dia Kongo en 2007 et 2008, affrontement avec la garde du vice-président Jean-Pierre Bemba en mars 2007 etc. Il va sans dire qu’aucun coup de feu ne peut être tiré au Congo démocratique sans instruction personnelle du «raïs».

Samedi 18 mars, l’auditeur général des FARDC a présenté sept individus – pour autant qu’ils existent – censés servir de lampistes. Lâche, le véritable responsable se claquemure. Seule une enquête internationale et indépendante pourrait faire toute la lumière sur les massacres survenus au Kasaï Central. Et pourquoi pas également sur les fosses communes de Maluku ?

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2017

 

7 Réactions

KUM [kumab2009@hotmail.com] 20/03/2017 07:01:58
L’individu responsable de différentes tueries reste claquemuré parce que protégé par des Congolais de souche. Peut-on vraiment comprendre une telle aberration?
Des personnes censées protéger leurs frères et compatriotes préfèrent les exposer à la merci des tueurs rwandais. Qui peut comprendre un pareil égarement?



Elombe [Odimba@hotmail.fr] 20/03/2017 07:09:59
La question n’est plus de savoir si Mende Omalanga a perdu son honneur, il ne l’a jamais eu. Qu’il s’agisse de la mort de Tshebeya, des fosses communes de Maluku ou surtout de la vidéo de massacre des miliciens de Nkamuina Nsapu qui serait un montage. Mende est allé chaque très loin, aujourd’hui, il a la langue de bois, il ne bave plus, il ne diffuse plus son venin mortel, ses mensonges ne trompent plus personne. Alors, vous vous demandez qu’est ce qui reste quand on a perdu tout ça. Dans un pays sérieux, il serait déjà en prison à cause des ses outrances, mais hélas, le Congo est une république bananière. Il convient d’être juste en évoquant les mésaventures de Fayulu qui ressemble furieusement au cas Fillon en France, à force de vouloir laver plus blanc, on se fait prendre la main dans le sac. Fayulu l’imprecateur, le donneur de leçons est tombé de son piédestal. Il a reconnu avoir voté pour Kimbuta en 2007, il a reçu 50.000 dollars de ce dernier, tirez vous même votre conclusion. Pour moi, corrupteur et corrompu sont logés à la même enseigne, alors trêve d’hippocrisie. Toute la classe politique congolais est corrompue. Et comme le poisson pourrit par la tête, !!!!, on est pas sorti de l’auberge.



tsimbaka [tsilmba@yahoo.fr] 20/03/2017 10:00:07
Kabila fait ce que même à l’époque del ocuupation Allemande en France Hitler n ’apas fait c ’esàdire incorporéles Wafen SS au sein del’armée Françaiseet Kabila l’a fait enincorporant des tueurs Rwandais au sein de l’armée,lapolice et lasécuritéd’etatpendant ce temps lespoliticiens sebattent pour les postes



Jean-Marie Mabiti [jmabiti@yahoo.fr] 20/03/2017 10:23:41
Le Statut de Rome est explicite en ce qui concerne ces types d’actes. Il y a l’imprescriptibilité, d’une part et la responsabilité du Chef, d’autre part. Au Congo démocratique, on désigne ce chef qui a le contrôle sur tout, particulièrement sur les services de sécurité, de l’ordre et de l’armée, par une seule expression consacrée: "la Haute Autorité". Celle-ci devra assumer tôt ou tard. J.P. Bemba est privé de liberté pour moins que cela, depuis et pour plusieurs années. Pour memo, voici un extrait de l’Article 28 sur la Responsabilité des chefs militaires et autres supérieurs hiérarchiques. "Outre les autres motifs de responsabilité pénale au regard du présent Statut pour des crimes relevant de la compétence de la Cour :
Un chef militaire ou une personne faisant effectivement fonction de chef militaire est pénalement responsable des crimes relevant de la compétence de la Cour commis par des forces placées sous son commandement et son contrôle effectifs, ou sous son autorité et son contrôle effectifs, selon le cas, ..."



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 20/03/2017 12:56:11
Il y a eu et il y a pire que ça. Sans que cela n’émeuve l’opinion internationale.

Et dire qu’on nous raconte qu’on a des ‘’opposants’’ tellement doués, diplômés d’une grande école de Belgique, en diplomatie et relations internationales, qui sillonnent le monde pour défendre la cause du Congo…



Combattant Résistant de l’Ombre [sychar@yahoo.fr] 20/03/2017 17:20:22
Soyons réalistes, combatifs, endurants et pragmatiques Kongolaises et Kongolais. Quand l’hypocrisie occidentale rime avec le cynisme de la realpolitik géopolitique. Nos morts ne reviendront plus. Un homme méprisant et orgueilleux comme Hippolyte Kanambe alias Joseph Kabila se moque de tout. Son orgueil dépasse les bornes dans tout ce qu’il fait. Toutes choses restant égales par ailleurs l’actuelle RDC (République Démocrature du Congo de Tutsi Power) est un espace économique avec une gérance télécommandée des royautés occidentales qui ont placé leur fou gérant Tutsi Rwandais tueur né, génocidaire, sanguinaire qui n’a pas un quelconque intérêt pour veiller sur la vie de ses mal aimés sujets Bantous Kongolais qui dérangent la réalisation stricte du plan hégémonique et néocolonialiste de ses patrons impérialistes mondiaux. La lutta continua, la victoria e certa. INGETA



Me. Simon Kayembe [sikay2@gmail.com] 20/03/2017 18:51:21
Selon les enquetes de Reuters et RFI, au moins 8 Fosses communes avec des centaines de cadavres viennent d’etre decouvertes rien qu’au Kasai Central.

Il s’agit de recentes victimes de l’Assassin de Kingakati et ses mercenaires (alias GR et ANR) sous le regne de Terreur & Pillages que pilote ce Voyou !

Pendant ce temps, qu’en disent et que font nos "politi-chiens" a la CENCO...?

Eux ne se preoccupent que des postes de jouissance qu’ils peuvent decrocher a la Mangeoire du meme imposteur-sanguinaire qu’ils pretendent dennoncer !

Quant a la faineante MONUSCO et sa consoeur la CPI, elles ne se limitent qu’a l’exhortation du meme Gouvernement auteur-complice de mener des enquetes

La CPI (et sa jouffue procureuse corrompue) qui s’acharna sur JP Bemba en l’ecrouant pour une peine presqu’a vie pour des crimes moins serieuses en Republique Centrafricaine, se montre curieusement silencieuse en RDC !


 

Tous droits réservés © Congoindépendant 2003-2017                   mkz@congoindependant.com  Tél : +32 475 22 90 65.