AccueilCharteQui sommes-nous?RédactionAidez votre journal
14 Février 2017

Arbitraire :

ANR : Un Etat dans un Etat

 

Kalev Mutondo, administrateur général de l’ANR (Agence nationale de renseignements)

Dans un communiqué daté du 14 février 2017, l’association de défense des droits humains "La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme" (VSV) dénonce le pouvoir colossal détenu par l’Agence nationale de renseignements (ANR). Un pouvoir qui permet à cet organisme public qui relève de la Présidence de la République de détenir de manière prolongée - en violation de la loi - des personnes dans des cachots secrets qui échappent au contrôle de l’appareil judiciaire.

A l’appui de sa thèse, la VSV épingle deux cas. Le premier concerne Espoir Ngwala Mayasi.

Marié et père de six enfants, Espoir Ngwala a été "enlevé" - selon la formule consacrée pour les arrestations sans mandat - le 4 juin 2014 par des agents de l’ANR devant un restaurant (La Chaumière) dans la commune de la Gombe. Il est accusé de "subversion et d’atteinte à la sûreté de l’Etat".

A en croire la VSV, Ngwala est détenu depuis trente-deux mois dans un cachot situé dans les dépendances du cabinet de l’administrateur général Kalev Mutondo dans l’immeuble ex-Union Congolaise de Banque. L’infortuné n’a jamais été présenté à une quelconque autorité judiciaire afin d’être informé des faits mis à sa charge.

L’article 18 de la Constitution congolaise limite la durée de la garde à vue à quarante-huit heures. "A l’expiration de ce délai, la personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente", énonce le quatrième alinéa.

Le "prévenu" est privé du droit de visite. "Face à cet état de choses, d’aucuns se demandent si M. Espoir Ngwala Mayasi ne serait pas un détenu personnel de M. l’administrateur général de l’ANR", s’interroge la VSV.

Le deuxième cas concerne Martin Ngenda Kapuku. Président fédéral de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social) et membre du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, pour le Kasaï, il a été "enlevé" le 15 décembre 2016 à Tshikapa. Il a été par la suite transféré dans la capitale où il croupit dans un cachot de la fameuse Agence.

Infraction imaginaire

Il est reproché à Martin Ngenda d’avoir fait des "déclarations intempestives" sur l’expiration du second et dernier mandat de "Joseph Kabila". Une infraction purement imaginaire. Kalev Mutondo n’a manifestement jamais entendu du principe sacro-saint en droit pénal selon lequel il n’y a ni crime ni peine sans loi. "Nullum crimen, nulla poena sine lege", disent les latinistes.

Selon la VSV, trois proches de Martin Ngenda seraient embastillés dans le cadre de cette même "affaire". Ils sont privés du droit de visite. Et pourtant, la Loi fondamentale en vigueur reconnait à chaque détenu le droit de bénéficier "d’un traitement qui préserve sa vie, sa santé physique et mentale ainsi que sa dignité" (article 18-5).

La VSV dénonce les "détentions prolongées" en toute impunité dans les cachots de l’ANR et demande "la libération pure et simple" des concernés ou leur "transfèrement vers des juridictions compétentes pour des procès justes et équitables en cas des griefs sérieux à charge".

Lors de la rentrée parlementaire en mars 2015, des voix s’étaient élevées pour vitupérer la montée en force de l’intolérance politique au fur à mesure que l’on se rapprochait de l’expiration du second et dernier mandat du Président en exercice. Cette intolérance se traduisait par des arrestations et détentions arbitraires tant dans les milieux politiques que ceux des activistes de la société civile.

Un Etat dans un Etat

Depuis 2014, plusieurs personnes sont arrêtées ou brimées par des agents de l’ANR tout simplement pour avoir clamé l’opposition de voir "Joseph Kabila" briguer un troisième mandat en dépit de l’interdit constitutionnel. Jean Claude Muyambo, Vano Kiboko Kilembe, Moïse Moni Della, Franck Diongo Shamba en savent quelque chose. Sans omettre les frondeurs du G7, Moïse Katumbi et Gabriel Kyungu wa Kumwanza. La liste n’est pas exhaustive.

Sous la IIème République, les services dits de sécurité (CND, CNRI, SNIP, SARM) avaient mauvaise presse à cause notamment de leurs abus. Vingt années après la "libération" du 17 mai 1997, l’ANR a gardé les mauvaises habitudes. Elle fait pire.

Au lieu de surveiller les menaces internes et externes susceptibles de nuire à la sécurité nationale, l’ANR se complaît dans le rôle de police politique. Une version tropicale de la Securitate. Elle est au service de l’oligarchie au pouvoir.

Relevant du Président de la République, les agents de l’ANR jouissent d’une impunité totale. Ils sont intouchables. L’Agence, elle, se comporte en un Etat dans un Etat. Elle échappe à tout contrôle démocratique. Et ce sous le fallacieux prétexte que les questions sécuritaires relèveraient du "domaine réservé" du chef de l’Etat. On cherche en vain la disposition constitutionnelle qui confère à ce dernier la prérogative de fouler aux pieds les droits et libertés.

B.A.W
© Congoindépendant 2003-2017

 

3 Réactions

Elombe [Odimba@hotmail.fr] 14/02/2017 21:06:34
Kalev Mutombo dirige l’ANR selon la volonté de celui qui se fait appeler Kabila. Ça nous rappelle la Securitate en Roumanie, la Savac du Shah d’Iran et bien d’autres services de l’ancien camp de l’Union Soviétique. Ce que Kalev oublie, est que la plupart de ces pieds nickelés ont fini soit en prison soit en exil. La roue finit par tourner. Vivement les accords.



Hubert Mwanankoy [hmwanank@gmail.com] 15/02/2017 01:06:52
Kalev Mutond est un voyou et voleur comme ses patrons qu’il sert, nous citons les 3 intrus Tanzaniens Hypo, Zoe et Jaynet Kanambe-Mtwale.

Mutond qu’indexent le regime des sanctions en Europe et Amerique repondra bientot de ses multiples crimes contre l’humanite, tout comme ses 3 chefs.



Jo Bongos [jo.bongos@msn.com] 15/02/2017 08:16:36
On saurait gré à cette agence de renseignement de prévenir et de neutraliser les incursions criminelles des tueurs rwandais et ougandais à Beni, par exemple.


 

Tous droits réservés © Congoindépendant 2003-2017                   mkz@congoindependant.com  Tél : +32 475 22 90 65.