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12 Février 2017

Que faire de l’Union Africaine ?

 

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo

Au commencement était l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA). Quand 32 Etats la créent à Addis-Abeba en Ethiopie en 1963, le double péché originel de cette institution est déjà à l’œuvre. D’abord, il suffit d’être un Etat africain pour y accéder alors que faire partie d’un même continent ne constitue pas une valeur sur base de laquelle on peut construire une association politico-économique viable, que la structure institutionnelle de celle-ci soit totalement ou partiellement supranationale ou intergouvernementale ou les deux à la fois. Ensuite, les chefs d’Etat fondateurs ne s’accordent pas sur l’objectif principal de l’organisation. Certains, menés par le président ghanéen Kwame Nkrumah, rêvent des Etats-Unis d’Afrique dont les différents et nouveaux Etats dits souverains constitueraient des entités fédérales. Notons à ce niveau la grande différence entre les Etats-Unis d’Amérique et le rêve fou des Etats-Unis d’Afrique. Les Etats-Unis d’Amérique sont le résultat d’une série de conflits entre un Etat colonisateur, la Grande-Bretagne, et 13 colonies situées dans un même territoire, le long de la côte Atlantique, et dont la première, la Virginie, fut fondée en 1607. Les conflits de tous contre un vont créer un sentiment de destin commun dont les points culminants furent d’abord la guerre d’indépendance en 1775, ensuite la déclaration de l’indépendance prononcée le 4 juillet 1776 et reconnue par l’ex-puissance colonisatrice à la fin de la guerre en 1783. Rien de tel en Afrique où des chefs d’Etat, qui n’ont pas encore réussi à asseoir leurs unités nationales respectives, s’empressent de créer des Etats-Unis sur base d’anciennes colonies qui n’ont pas connu le même maître, vécu la même histoire et dont les peuples ne se connaissent même pas. On comprend pourquoi d’autres chefs d’Etat, conduits par le président sénégalais Léopold Sédar Senghor, prennent le contre-pied de cette vision éminemment utopiste et finissent par imposer la leur en faveur d’un outil de coopération et non d’intégration entre les Etats. Mais coopérer dans quel but ?

Au sein de l’OUA, la coopération a pour objectifs principaux l’éradication du colonialisme et la lutte contre la discrimination raciale, le développement, la préservation de la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats membres, et la promotion de la coopération internationale dans le cadre des Nations Unies. A travers son Comité de coordination pour la libération de l’Afrique, l’institution a soutenu l’émancipation des territoires africains non encore indépendants. On peut considérer que cet objectif fut atteint en 1990 avec l’indépendance de la Namibie. Le combat contre l’apartheid fut également couronné de succès avec la libération de Nelson Mandela et son élection au poste de président de l’Afrique du Sud, événements survenus respectivement en 1990 et en 1994. Mais il convient de noter que les deux réussites furent davantage l’œuvre de la communauté internationale que de l’activisme de l’OUA.

Quant aux objectifs de développement et de la préservation de la souveraineté des Etats membres, cette institution intergouvernementale a été réduite en une coquille vide n’ayant aucun impact sur le vécu quotidien des Africains. Le diplomate béninois Gratien Pognon, son ancien premier secrétaire général adjoint élu en 1964, résume avec des mots justes ce constat d’échec quand il souligne que l’OUA n’était rien d’autre qu’un “club de chefs d’Etat”.

En 2002, l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) est devenue Union Africaine (UA) à Durban en Afrique du Sud, conformément à la Déclaration de Syrte, en Libye, du 09 septembre 1999, avec pour buts “d’œuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement”. En débarrassant le sigle OUA de la lettre “O”, les dirigeants africains, menés par le dictateur libyen Mouammar El Kadhafi, sont restés fidèles aux révolutions cosmétiques que raffole le continent depuis les indépendances. Car, comme l’OUA, l’UA n’apporte rien de concret aux peuples au nom desquels elle justifie son existence, tant les intérêts de ceux-ci ne sont toujours pas pris en compte. Pourtant, ce ne sont pas les défis à relever qui manquent. Bien au contraire, ceux-ci sont légion et aussi graves les uns que les autres : asseoir la démocratie et la bonne gouvernance ; contrôler les pouvoirs des chefs d’Etat ; gérer les ressources naturelles de manière à ce que les recettes profitent enfin aux citoyens ; promouvoir une éducation de qualité et utile au redressement des sociétés ; lutter contre la malnutrition et la famine qui ravagent nombre d’Etats, plaçant l’Afrique au sommet peu envié des régions les plus pauvres du monde ; gérer les crises politiques et les conflits armés récurrents de manière à y mettre un terme ou à minimiser leur impact sur les populations ; etc.

En dépit de ce résultat consternant, l’UA organise régulièrement des grands-messes, la dernière en date étant l’élection du président de sa Commission, le 30 janvier 2017, en la personne du ministre tchadien des Affaires étrangères, Moussa Faki Mahamat, succédant ainsi à la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini Zuma. CIC l’a présenté comme un “proche parmi les proches du président Idriss Déby Itno [et] juriste de formation qui a été plusieurs fois ministre. Il a, par ailleurs, assumé les fonctions de Premier ministre de 2003 à 2005”. Mais Moussa Faki Mahamat est aussi et surtout le père de Salahadine Moussa Faki Mahamat. Le 08 février 2016, celui-ci avec six autres acolytes proches du régime dont deux fils des généraux de l’armée ont procédé au viol collectif de Zouhoura, une jeune lycéenne de 17 ans. Se croyant au-dessus de la loi, les ravisseurs ont filmé leur forfaiture et diffusé sur les réseaux sociaux. La vidéo s’est propagée sur la toile comme une traînée de poudre. Face au fils d’un apparatchik, la police judiciaire n’a réagi qu’à la suite de l’indignation et de la tension populaires que calma le chef de l’Etat lui-même. Mais pour aussitôt voir le père du violeur réussir aisément à extraire son fils à la justice et lui permettre d’aller couler des jours heureux en Afrique du Sud où il va récidiver. Il n’y a qu’en Afrique qu’on peut hisser un tel individu au sommet d’une organisation intergouvernementale ayant entre autres la promotion des droits de l’homme comme but principal.

Comment s’étonner dès lors que plus d’un demi-siècle après la création de l’OUA, l’Afrique soit le continent le plus infantilisé au monde, toujours assistée financièrement, technologiquement et même politiquement ? Comment s’étonner que le budget de l’UA soit financé à hauteur de près de 80% par les Etats et organisations occidentaux alors même que les présidents africains, les membres de leurs familles biologiques et leurs clients internes détiennent des fortunes colossales en dehors de leurs pays respectifs ? Comment s’étonner que les chefs d’Etat de tout un continent s’empressent de participer, toute honte bue, aux forums les mettant ensemble en face des dirigeants d’un seul pays : France-Afrique encore et toujours, Chine-Afrique, USA-Afrique ou Inde-Afrique de nos jours, Corée du Sud-Afrique ou encore Brésil-Afrique sans doute demain ? Jamais dans l’histoire contemporaine une organisation du niveau de l’OUA ou UA ne se sera conduite avec autant de légèreté et d’insouciance. Jamais un continent n’aura été bête à ce point. Et dire qu’il arrive à ces imbéciles de chefs d’Etat de rire et de se réjouir lors de ces sommets sans impact sur le vécu quotidien de leurs gouvernés et qui perpétuent la réification des Africains.

Au fil des décennies, le fossé entre les objectifs déclarés de l’OUA ou de l’UA et le vécu des citoyens a été et reste si béant qu’une telle organisation ne peut même pas être reformée. Ses objectifs ne résonneront jamais comme des faits mais encore et toujours comme des vœux pieux ou des incantations. A cet égard, l’UA ne mérite qu’une et une seule sanction : être jetée dans les poubelles de l’histoire. Mais il faut bien que l’Afrique se ressaisisse d’une autre manière. Comment ?

Dans la construction de la plus grande association intergouvernementale du continent comme dans la construction des Etats démocratiques, tout se passe comme si les élites intellectuelles et politiques africaines n’avaient d’autre ambition que d’imiter superficiellement les élites occidentales. Ainsi, on crée l’UA parce que les Européens ont créé l’UE et on s’attend à obtenir le même résultat sans tenir compte des ingrédients indispensables à la sauce UE. Pourtant, contrairement à la réalité de l’UA, il ne suffit pas d’être un Etat européen pour accéder à l’UE. L’histoire de la construction européenne démontre dès ses débuts à travers la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951 que tout est basé sur des richesses ou des valeurs partagées. Il faut d’abord respecter les valeurs visées et s’engager à les promouvoir avant de demander à devenir membre de l’UE. En clair, l’adhésion d’un nouveau pays est soumise à des conditions préalables dont la première consiste à mettre en place des “institutions stables garantissant l’Etat de droit, la démocratie, les droits de l’homme, le respect des minorités et leur protection”. Par contre, l’UA ambitionne “d’œuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement” tout en laissant cohabiter en son sein des Etats membres aux institutions plus ou moins fortes d’un côté et, de l’autre, des Etats évoluant encore et toujours à l’ère de la culture des hommes forts. Il va de soi qu’il est impossible de construire une association intergouvernementale respectable si certains chefs d’Etat arrivent au pouvoir à travers des élections plus ou moins transparentes tandis que d’autres organisent des élections aux résultats connus d’avance puisqu’étant des putschistes permanents à l’instar de Teodoro Obiang Nguema, José Eduardo dos Santos, Robert Mugabe, Paul Biya, Yoweri Museveni, Omar el-Bechir, Idriss Déby Itno, Denis Sassou-Nguesso, Issayas Afewerki, Paul Kagamé et Ali Bongo Ondimba, pour ne citer que ces accrocs du pouvoir qui ont déjà contaminé Pierre Nkurunziza et, dans une certaine mesure, Joseph Kabila Kabange.

Il existe en Afrique des pays qui gagnent des points dans la lutte pour la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement. Ils devraient se retirer de l’UA et créer une autre institution dont l’adhésion de nouveaux membres serait soumise au respect des critères stricts sur la gouvernance. C’est à ce prix et seulement à ce prix qu’une organisation intergouvernementale africaine deviendrait une force en lieu et place de la farce qu’a été l’OUA et qu’est l’UA.

Mayoyo Bitumba Tipo-Tipo
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1 Réaction

Elili [dibaungu@hotmail.com] 16/02/2017 07:16:55
Chers Compatriotes,

L’ONU et l’UA sont des coquilles vides qui ne fonctionnent qu’avec les pays qui défendent leurs intérêts. Jusqu’à ce jour, les armes de destructions massive de Saddan Hussein n’ont jamais été montrées, mais lui a été arrêté et exécuté. Actuellement l’Irak est une démocratie à l’occidental !
Kadafi a été exécuté, alors que le mandat accordé aux avions de l’ONU était de maintenir son aviation au sol pour qu’il n’utilise pas l’aviation contre son peuple (?). La France, à sa tête Nicolas Sarkozy, a executé la mission avec plus du zèle. Résultat : l’assassinat en dehors de toute instance judiciaire, et actuellement la Libye est une grande démocratie et une stabilité économique, et financière ! Alors, nous poser la question sur l’OUA qui n’a pas de budget conséquent c’est, soit de la naïveté, soit avoir un besoin d’exécuter des exercices de réflexion qui n’ont rien avoir avec la recherche de réponses nécessaires à l’amélioration des conditions de vie de nos peuples. Que Dieu nous vienne en aide.


 

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